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Octobre 2012

Piège à Phuket

  Une Finlandaise de 33 ans, 11 jours après son arrivée en Thaïlande, présente une fièvre élevée suivie d’un rash cutané. Elle est hospitalisée avec le diagnostic de dengue.
   Une Finlandaise de 43 ans, 14 jours après son arrivée, présente une fièvre élevée; revenue dans son pays, elle présente un rash maculo-papuleux: le diagnostic de dengue est porté.
    Une Estonienne de 33 ans, 14 jours après son arrivée, présente fièvre, toux, coryza, puis rash cutané facial, douleurs lombaires et conjonctivite. Elle est rapatriée sans diagnostic précis.
Dans les trois cas, le diagnostic finalement porté fut celui de… rougeole.

KANTELE A et al. Fever With Rash in Patients Returning From Popular Tourist Resort Phuket, Thailand: Dengue—or Measles' J Travel Med 2 - 012; 19(5): 317-9.

Paludisme et criminalité

  Elle a frôlé la mort cette patiente espagnole de 28 ans qui revenait, en extrême urgence, de Guinée Equatoriale.
  Voyageant fréquemment dans ce pays, elle ne prenait pas de chimioprophylaxie mais savait utiliser le traitement curatif immédiat (ACT) auprès du système de santé local –précaire certes mais très rôdé à cette pratique simple. Elle achète donc deux boîtes d’artésunate 50mg et en prend 4 comprimés par jour, en association avec de la sulfadoxine-pyriméthamine (Fansidar®). Après trois jours, ne constatant aucune efficacité clinique, elle se rapatrie au CHU de Pampelune. Parasitémie à 2,5%. L’artésunate étant en ATU nominative, on lui donne dans l’attente de la doxycycline. Son état s’aggrave (parasitémie 4,5%, anémie…); elle sera guérie, enfin, après réception de l’artésunate.
  Donc cette molécule est parfaitement active en Espagne, et fut inefficace sur site (aucune résistance n’est rapportée en Afrique). Les confrères demandent à voir la boîte restante du médicament fabriqué par Mekophar, Vietnam. Ils remarquent des fautes d’orthographe grossières; les comprimés sont envoyés à Londres pour analyse. L’analyse qualitative ne pourra pas être faite car l’analyse quantitative ne trouvera… aucune molécule d’artésunate !

CHACOUR C J et al. Travel and fake artesunate: a risky business. Lancet 2 - 012; 380: 1120.

NDLR. La contrefaçon pharmaceutique est reconnue par les organisations internationales comme un crime. Organisée comme le trafic des stupéfiants, dont elle utilise les logistiques et les pratiques, elle produit un chiffre d’affaire identique à ce dernier. En toute impunité dans les pays qui en sont victimes, et avec la complicité d’autorités locales dans les pays qui les produisent.

Réponse vaccinale et sommeil

  Il est démontré que le manque de sommeil augmente la sensibilité aux infections, diminuant les réponses immunitaires contre l’agent infectieux. Les auteurs ont voulu savoir quelle était l’influence du sommeil sur l’immunité humorale vaccinale.
  Ont été inclus 125 sujets (F: 70, 40-60 ans) qui ont reçu trois doses de vaccin hépatite B selon le schéma habituel; dosage des anticorps Ag surface six mois après la dernière injection. Le sommeil a été surveillé par actigraphie et registre électronique du sommeil.
  Le taux des anticorps est étroitement lié à la durée du sommeil: il est significativement diminué chez les petits dormeurs, diminuant sans doute la qualité et/ou la durée de la protection. Mais la qualité du sommeil n’intervient pas sur la production des anticorps. La régression logistique montre une totale indépendance de l’âge, du sexe, de l’IMC.

PRATHER A A et al. Sleep and antibody response to hepatitis B vaccination. Sleep. 2 - 012; 35: 1063-9.

Norovirus: des troubles gastrointestinaux secondaires

  Une infection par norovirus, c’est banal (20,9 millions/an aux Etats-Unis), bénin (une diarrhée toute simple), et ça guérit toujours. Et bien non ! (Ndlr).
Les auteurs (médecins militaires américains) ont suivi les conscrits qui avaient effectué leur service pendant trois épidémies successives de norovirose et avaient rapporté une gastro-entérite aiguë (GEA). Ils ont croisé cette exposition avec les résultats d’une surveillance concomitante des troubles gastro-intestinaux  et des reflux gastro-oesophagiens (RGO). Chaque sujet GEA fut apparié à quatre autres y ayant échappé.
  Sur les 1.718 sujets potentiellement exposés aux trois épidémies, après analyse multivariée, ils fut constaté que l’incidence de constipation, de dyspepsie, de RGO, était 1,5 fois plus élevée (p<0, - 01) chez les sujets ayant présenté une GEA liée au norovirus.

CHAD K et al. Postinfectious Gastrointestinal Disorders Following Norovirus Outbreaks. Clin Infect Dis 2 - 012; 55(7): 915-922.

NDLR. Il semble donc que l’infection par le norovirus ne se résume pas à une simple diarrhée aiguë banale sans lendemain, mais puisse générer des suites pathologiques (dont la durée reste à déterminer) et autant de coûts de santé.

Tournois de rugby, décalage horaire et maladies

  Les auteurs, britanniques, ont suivi 259 rugbymen de haut niveau pendant 16 semaines de compétition (soit 22.676 joueurs-jours) à l’occasion du tournoi Super 14 Rugby Union 2 - 010. Les équipes médicales examinèrent quotidiennement les joueurs (compliance:100%), et ce pendant trois périodes: tournois à la maison (baseline), à l’étranger avec plus de 5 heures de décalage (travel), et au retour en Grande Bretagne (return).
  Les joueurs furent déclarés «malades» (toutes causes confondues):
- pour, globalement, 20,7% de la cohorte (95%CI 18,5-23,1)
- pour 15,4% dans le groupe baseline (95%CI 8,7-27,0)
- à hauteur de 32,6% pour le groupe travel (95%CI 19,6-53,5)
- et enfin à 10,6% dans le groupe return (95%CI 6,1-18,2).
  Conclusion des auteurs (pas dite aussi clairement Ndlr): aller jouer loin dans les fuseaux horaire augmente de 2 à 3 fois plus le risque de maladie chez nos joueurs; recevoir plus souvent les équipes étrangères à la maison garantirait plus de coupes et de médailles.

SCHWELLNUS MP et al. Elite athletes travelling to international destinations >5 time zone differences from their home country have a 2-3-fold increased risk of illness. Br J Sports Med. 2 - 012; 46(11): 816-21.