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Mai 2010

Bilharziose et baignades

De gentils touristes (n=69) ont sillonné les forêts ougandaises à la recherche de contacts visuels avec les grands singes. Au retour, pour se délasser, ils décident d'aller barboter dans le Haut Nil.

Plusieurs de ces gentils baigneurs présentent des symptômes et signes de bilharziose. Les CDC mènent alors l'enquête épidémiologique qui leur permet d'identifier 12 cas (17% des baigneurs), lesquels seront dûment et rapidement traités par praziquantel.

MORGAN DW et al. Schistosomiasis among recreational users of Upper Nile River, Uganda, 2007. Emerg Infect Dis 2 - 010; 16: 866-8.

NDLR. Les barboteurs étaient en groupe et furent de ce fait faciles à retrouver, à diagnostiquer et à traiter. Qu'en serait-il d'un touriste isolé ' Par ailleurs, cette publication met en évidence une énorme lacune dans l'information pré-voyage; comment peut-on se baigner dans le Nil, qui est responsable de la plus grande et régulière transmission de la bilharziose uro-génitale au monde ' Maladie qui doit son nom au parasitologue allemand Theodor Bilarz qui a consacré sa vie au Nil et à sa pandémie schistosomale.
 
Décès à l'étranger

Les auteurs ont fait parler les données stockées pendant 18 ans par Statistics Finland. Pendant cette période, 6.894 Finlandais sont décédés à l'étranger (Espagne, Suède et Thaïlande principalement: 40,3%). Les causes cardio-vasculaires viennent en premier. Suivent les morts violentes, dont l'étude était le principal objet des auteurs (26,7%; 73,5 décès p 100.000 personnes-années), taux très nettement supérieurs à ceux constatés chez le Finlandais sédentaire (PMR 3,3): principalement les noyades et les accidents de la route (plus de 50%); ces derniers sont survenus principalement lors de voyages en Russie, Allemagne et Etats-Unis. Les noyades lors des voyages sont considérées comme un grand problème de santé publique qui justifie d'énergiques mesures de prévention.

LUNETTA P. Injury deaths among Finnish residents travelling abroad. Int J Inj Contr Saf Promot 2 - 010, April 28: 1-8.

Hépatite E: contamination inter-humaine fréquente

On vit sur la notion -jamais prouvée- que le VHE contamine l'homme quasi exclusivement par ingestion d'une eau infectée..

Profitant de la gigantesque épidémie d'hépatite E qui a frappé l'Ouganda depuis octobre 2007, les auteurs ont mené une vaste étude épidémiologique, sur 10.535 personnes.
Dans cet échantillon 3.218 sujets étaient infectés par le VHE. Parmi ceux-ci 2.531 vivaient dans un foyer où au moins une autre personne était infectée; foyer dans lequel on ne trouva aucune trace de virus dans les eaux de boisson, ni dans l'environnement animal. De plus, dans les foyers hébergeant 2 personnes infectées ou plus, on identifia (p<0,05) la notion de contact avec une personne ictérique, la présence à un enterrement, ou l'habitude de se laver les mains dans un récipient partagé avec d'autres personnes.

TESHALE EN et al. Evidence of person to person transmission of hepatitis E virus during a large outbreak in Northern Uganda. Clin Infect Dis 2 - 010; 50: 1006-10.

NDLR. Dans tous les documents concernant l'hépatite E, on pouvait lire: "contamination inter-humaine possible mais rare". L'adjectif rare semble inapproprié, les auteurs démontrant qu'il faudrait le remplacer par "fréquent", voire "prédominant".

Longs séjours et prévention du paludisme: doxycycline + chloroquine '

La doxycycline est aujourd'hui un excellent anti-paludique. Mais sa courte demi-vie expose à des échecs en prévention (comme on l'a vu récemment chez des personnels humanitaires en Haïti Ndlr). D'où l'idée de lui adjoindre la chloroquine, d'efficacité certes régulièrement déclinante mais de longue demi-vie.

Les auteurs ont procédé à une étude prospective, randomisée et en double aveugle contre placebo: doxycycline et placebo (D) contre doxycycline et chloroquine (DC). Des soldats français (n=936) déployés en Afrique subsaharienne participèrent à l'étude de manière volontaire.
La compliance fut identique dans les deux groupes (86,6%). La tolérance aussi, avec cependant un peu plus de nausées et vomissements dans le groupe DC. Pendant la période d'étude, 8 cas de paludisme survinrent dans le groupe D, 7 dans le groupe DC (NS).

MICHEL R et al. Doxycycline-chloroquine vs doxycycline for malaria prophylaxs in nonimmune soldiers : a double-blind randomized field trial in sub-Saharan Africa.Trans Roy Soc Trop Med Hyg 2 - 010; 104: 290-297.

NDLR. Cette étude est intéressante car peu de molécules sont autorisées en prise au long cours, sur des périodes de plus de 3 mois. Elle démontre que l'adjonction de chloroquine est correctement supportée. Si le bénéfice n'apparaît guère, c'est peut-être parce que la période d'étude ne fut pas suffisamment longue et/ou que les sujets étaient disciplinés; justement le bénéfice à attendre de l'association D+C s'adresse aux voyageurs non ou pas suffisamment disciplinés par rapport à cette doxycycline qui nécessite une prise très régulière, à heure fixe. La piste ouverte par cette étude est à suivre.