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Mai 2008

Rougeole : attention aux quarantaines !

Le nouveau Règlement sanitaire international facilite la mise en quarantaine des voyageurs internationaux. Et les compagnies aériennes sont désormais fondées à refuser l'embarquement de personnes à risque, ce qu'elles ne se privent pas de faire de plus en plus souvent : cette attitude s'explique par la recherche en responsabilité des compagnies de la part de patients infectés à bord : elle n'ira donc qu'en s'amplifiant.
Aujourd'hui, les deux histoires suivantes n'auraient pas eu lieu.
En 2005, un Brésilien contracte une rougeole aux Maldives ; dans l'avion du retour il transmet la rougeole à trois voyageurs ; l'un d'entre eux prendra ensuite de nombreux vols domestiques : 73.282 passagers contacts durent être retrouvés et vaccinés.
Un an plus tôt, un étudiant de l'Iowa contracta une rougeole en Inde : l'enquête et l'intervention épidémiologique coûtèrent 142.452 dollars US.
La première quarantaine pour rougeole a déjà eu lieu. En mai 2007, 42 touristes japonais au Canada furent cloués au sol manu militari au motif que l'un d'entre eux venait de déclarer une rougeole. Il furent relâchés un par un 3 à 5 jours plus tard, après avoir dû subir de nombreuses explorations.
Lorsque l'on considère :
- que la couverture vaccinale morbilleuse est insuffisante et stagne dans de nombreux pays d'Europe
- que les voyages internationaux connaissent une croissance annuelle de plus de 5%, de nombreuses quarantaines sont prévisibles.
Les voyageurs devraient en être informés.

VOGEL C et al. Measles Quarantine. The individual and the public. J Travel Med 2008 ; 15 : 65-7.

Encore rougeole et voyages !

En 2005 deux patients sont hospitalisés pour rougeole dans la même unité de médecine tropicale, à Barcelone. Un homme de 35 ans, revenant d'un séjour en Thaïlande ; le tableau clinique est typique et la sérologie le confirme. Une femme de 28 ans, revenant d'un séjour au Mozambique ; même tableau.
L'évolution est favorable et la sortie est faite. Mais lorsque les médecins reçoivent les résultats des génotypes, ils reconvoquent les patients : celui de la patiente ne correspond pas à un génotype africain mais est très fréquent ...en Thaïlande ! Echange de tubes ' Pas du tout : les deux voyageurs étaient en escale à Francfort et avaient pris le même avion pour le retour à Barcelone. Combien de voyageurs ont contracté une roug- eole dans l'avion et non pas dans les pays visité '
Les auteurs rappellent que la rougeole est la plus contagieuse des maladies éruptives.

MUNOZ J et al. Measles in travelers : are we aware enough ' J Travel Med 2008 ; 15 : 124-5.

Diarrhée du voyageur : aspects économiques

Grande enquête des collègues de Zurich consistant à valoriser tous les événements (métaanalyses) liés à la diarrhée des voyageurs européens et nord-américains.

  1. Avant le voyage
    • Conseils aux voyageurs : 53% des voyageurs partant pour un pays en développement recherchent un conseil ; il n'est alors médical dans 50% des cas. La consultation en « travel clinic » coûte entre 20 et 90 US$ et en moyenne 40 ' en Europe : soit, pour l'ensemble des voyageurs, 1,2 milliard d''.
    • Médications anti-diarrhéiques : 33% en emportent ; 280 millions de $ annuels (aux USA).
  2. Pendant le voyage
    • Perte de revenus touristiques pour les pays visités : 20 à 40 millions de voyageurs présenteront une diarrhée, et seront cloués au lit une journée dans 20% des cas. La dépense touristique quotidienne moyenne sur site étant de 61$ par voyageur, la perte annuelle pour le pays récepteur est de 290 à 490 millions US$.
    • Dépenses médicales sur place : 7 à 18% des voyageurs diarrhéiques consultent, et 0,03 à 0,2% sont hospitalisés ; coût probable de 510 à 710 millions US$.
    • Perte d'activité du voyageur d'affaires : impossible à chiffrer.
  3. Après le voyage
    • Consultation. On estime que 10,4 millions de voyageurs reviennent avec des troubles intestinaux aigus et/ou chroniques (colites post-infectieuses : estimées à 20% après diarrhée aiguë) : 2,2 millions de consultations auront lieu aux USA et en Europe. Total : USA 299 millions $, Europe 207 millions '.
    • Arrêts de travail, pertes de productivité : USA 654 millions $, 448 millions '. Les sommes en jeu sont donc énormes. Une mesure permettant de réduire l'incidence de la diarrhée de seulement 10% permettrait d'économiser plus de 200 millions d'' (NDLR).
WANG M et al. Economic aspects of traveler's diarrhea. J Travel Med 2008 ; 15 : 110-8.