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Février 2012

Dengue, dengue sévère, Martinique

  La circulation de la dengue est devenue très active en Martinique. Les auteurs ont réalisé une étude observationnelle prospective (2005-2 - 010) au service des urgences adultes du CHU de Fort de France.
  Relevé des paramètres cliniques, diagnostic porté par RT-PCR: 751 patients inclus.
  Une forme grave est constatée dans 332 cas (46,4%). Parmi ceux-ci, 104 cas de forme hémorragique ou de choc (31,3%), saignements graves chez 9 patients (2,7%), défaillance aiguë d’organe chez 56 patients (16,9%): 7 de ces patients sont décédés. Les patients avec atteinte grave « simple » présentaient une ou plusieurs des manifestations suivantes: malaise général pré-syncopal, asthénie intense, hypotension artérielle, symptômes gastro-intestinaux prolongés; ces manifestations semblaient être en rapport avec la fièvre et les difficultés de réhydratation per os; elles furent en tous cas rapidement réversibles (24 heures) sous perfusion hydro-sodée.

THOMAS L et al. Clinical Presentation of Dengue Among Patients Admitted to the Adult Emergency Department of a Tertiary Care Hospital in Martinique: Implications for Triage, Management, and Reporting. Ann Emerg Med. 2 - 012; 59: 42-50.

NDLR. La dengue en Martinique est de plus en plus fréquente et semble (plus ') sévère, quel qu’en soit le sérotype responsable. Il est intéressant d’avoir montré que la simple perfusion saline pouvait faire en sorte qu’environ la moitié des patients présentant un syndrome sévère soient guéris en 24 heures: ceci est vital pour un service d’urgence débordé (saturé) en pleine période épidémique.

La mort assise en avion

  La sédentarité (du latin sedere, être assis Ndlr) est délétère, tant sur le plan cardio-vasculaire que sur les plans métabolique, pondéral etc. Une première étude (2 - 010) avait montré qu’être assis plus de 6 heures par jour augmentait de 40% le risque de décès prématuré. Les auteurs s’inquiètent du sort, de plus en plus habituel, du voyageur d’affaires qui, après 12 heures d’avion, s’enferme 8 ou 9 heures dans un bureau. Ils concluent qu’il ne faut pas rester plus de 3 heures assis sauf à prévoir des périodes mobiles de 20 minutes minimum. Et que, par exemple, la machine à café située un peu loin des bureaux et n’offrant aucun siège est une bonne disposition. Le tout associé à au moins 30 minutes/j d’activités physiques « modérées à vigoureuses ».
  Par ailleurs on sait que les voyageurs fréquents, d’affaires en particulier, ont une nette propension au surpoids par rapport à des populations appariées non ou peu voyageuses. La rétention énergétique moyenne d’un voyageur assis est de 54 kJ/min (25-83), d’un sujet debout immobile de 13 (5-18), d’un sujet debout mobile de 5,4 (3,9-6,9, p<0,00 - 01).

OWEN N et al. Too much sitting: a novel and important predictor of chronic disease risk' Br J Sports Med 2009; 43: 81-83. LEVINE J A et al. Energy expenditure of nonexercise activity. Am J Clin Nutr 2 - 010; 72:1451–4.

Voyageurs en Haïti après le tremblement de terre

  Le réseau Geosentinel a étudié les cas de maladies au retour de Haïti (n=279), en cherchant à déterminer l’impact sanitaire du tremblement de terre chez les voyageurs. Deux groupes: Pré, voyageurs 3 ans avant le tremblement de terre (n=94, 34%) et Post, pendant l’année l’ayant suivi (185, 66%).
- Maladies fébriles. Dengue, paludisme, syndromes d’allure virale ou sans diagnostic précis: pas de différence significative entre les deux groupes.
- Diarrhées aiguës. Pas de différence significative hormis peut-être les diarrhées d’origine bactérienne: 12 (Post) vs 3 (Pré),

p=0,40. Pas de différence non plus avec les diarrhées chroniques (p=0,20).
- Maladie respiratoire aiguë. L’infection respiratoire haute est beaucoup plus fréquente dans le groupe Post: 16 cas vs 1 (p=0, - 01).
- Désordres psychologiques. Le stress, sans doute lié à la mission de secours, apparaît clairement: 12 vs 0 (Pré) : p=0, - 01.
  Le risque sanitaire lié au fait d’avoir effectué un voyage dans l’année du tremblement de terre se résume donc à un excès d’infection ORL -mineur- et à un stress lié à la mission.

ESPOSITO D H et al. Characteristics and spectrum of disease among Ill returned travelers from pre- and post-earthquake Haiti: The GeoSentinel Experience  Am J Trop Med Hyg. 2 - 012 1: 23–28.

Voyager et contracter le VIH

 Les auteurs ont analysé les données de la base de données nationale VIH de la Health Protection Agency de Londres, soit 13 891 dossiers (2002-2 - 010).
 Parmi ces patients séropositifs, tous adultes nés au Royaume Uni, 2066 s’étaient contaminés à l’étranger. Les destinations les plus fréquemment rapportées étaient la Thaïlande (534), les Etats-Unis (117) et l’Afrique du Sud (108).
  Par rapport à la transmission sur le territoire britannique, principalement homosexuelle, celle des voyageurs était plus fréquemment hétérosexuelle: 70% vs 22% (p<0, - 01); la contamination lors de voyages concernait des sujets plus âgés (42 ans vs 36), et des sujets plus susceptibles d’avoir eu des rapports tarifés (5,6% vs 1,0%); parmi les hommes infectés en Thaïlande, 11% avaient eu de tels rapports.
  Ainsi, un nombre substantiel d’adultes britanniques s’infectent dans des pays où l’épidémie de VIH est généralisée et qui sont des destinations touristiques communes. Les voyageurs masculins y sont à haut risque. Les auteurs dénoncent une insuffisance de diffusion de messages préventifs, en particulier lors de la consultation d’une travel clinic ou du médecin du travail.

NDLR. Reconnaissons que, en France peut-être encore plus qu’en Grande-Bretagne, nous sommes peu enclins à parler de ces problèmes intimes à des patients que nous ne connaissons généralement pas; contrairement au médecin généraliste, qui aurait ici une place privilégiée -si toutefois le voyageur voulait bien le consulter.

RICE B et al. Safe travels ' HIV transmission among Britons travelling abroad. HIV Med 2 - 012 Jan 25 (Epub ahead of print)