Risques et situations

Syndromes du voyageur

On appelle «syndrome du voyageur» un trouble psychique, parfois psychosomatique, et éventuellement franchement psychiatrique, dont souffrent certaines personnes «normales» au départ confrontées à certaines réalités du pays visité. Nous en dressons ci-après les tableaux les plus fréquents, dont beaucoup furent décrits il y a bien longtemps, certains par de prestigieux littérateurs.

Aspects cliniques généraux

Il s’agit de voyages pathogènes et non pathologiques. Après un délai variable suivant l’arrivée dans un pays culturellement inconnu, le confrontant à des choses qu’il n’a pas anticipées, le voyageur présente, diversement associés:
- état délirant aigu, avec hallucinations, sentiment de persécution (hostilité, agressions, préjudices… de la part des autochtones), dépersonnalisation, déréalisation… au maximum, état d’agitation, de peur extrême, de délire… menant parfois le voyageur entre les mains d’autorités de police peu versées dans la psychiatrie.
- anxiété avec son cortège somatique (tachycardie, sueurs, sensations vertigineuses…) amenant au mieux au retour à l’hôtel international, au pire à l’hôpital général local.

Le retour dans le pays d’origine entraîne la guérison dans la très grande majorité des cas. Le « syndrome du voyageur » est une cause non négligeable de mobilisation des consulats et de rapatriement sanitaire.
Il est admis que ces syndromes frappent des voyageurs sans aucune atteinte psychiatrique préalable au voyage. Certains auteurs contestent ce postulat.

Le syndrome indien

C’est le plus archétypal. Il concerne des touristes, et encore plus des voyageurs partant chercher « la Voie ». Foule dense, bruit, pauvreté (misère parfois extrême), humains mutilés ou atteints de maladies bien visibles voire morts sur le bas-côté des rues ou routes, odeurs, chaleur et humidité, omniprésence de la mort et d’un mysticisme incompréhensible… qui entraînent un vacillement de la personnalité. Le tout dans le cadre aggravant du « sentiment océanique », volonté de faire un avec le monde hors toute croyance religieuse (R. Rolland, S. Freud).
Fait troublant: la plupart de ces voyageurs soumis à «l'épreuve de l'Inde» n'ont qu'une idée en tête une fois rentrés chez eux: y retourner.

Le syndrome de Stendhal

« J'étais dans une sorte d'extase, par l'idée d'être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J'étais arrivé à ce point d'émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j'avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. » (Carnets de voyage, 1817).
Confrontation physique avec les œuvres d’art tant connues, mythiques, imaginées, désirées… et enfin découvertes en nombre, dans un même lieu où les yeux, l’âme artistique débordent les sens et l’attente du visiteur frappé de surcroît par la grandeur physique et morale. Les hôpitaux de Florence reçoivent encore régulièrement des voyageurs frappés par ce syndrome.

Le syndrome de Jérusalem

Il est similaire au précédent, l’extase esthétique étant remplacée ici par l’extase religieuse. Le Mur des Lamentations en est l’épicentre. «On y trouve d'authentiques faux messies, des égarés de tout poil, des illuminés, qui partagent le même goût pour les petites heures de la nuit. Passé minuit, ils se délectent tous de l'aura mystique qui se dégage du Mur. Leur psyché est alors enflammée par l'ancestrale sainteté ambiante» (L. Abramowitz). Les cas sont le plus souvent enregistrés aux abords des grandes fêtes religieuses (Noël, Pâques, Pessah…) et durant les mois chauds de juillet et août. Ils présentent anxiété et stress, désir d’isolement, obsession de purification du corps, confection compulsive de toges à partir de draps, compulsions déclamatoires de passages de la Bible, proclamation de sermons, hallucinations…
Les victimes de ce syndrome seraient pour 66% de confession juive, 33% chrétiens, et 1% sans religion.

Le syndrome de Paris

Ou Pari sh'k'gun, il touche plus particulièrement les Japonais. Ayant une vision idéalisée de culture et de romantisme (Montparnasse, Folies Bergères, Amélie Poulain, films de Godard…), ils sont déçus, déstabilisés et prennent de plein fouet le fossé culturel entre la France et leur pays:
- la saleté relative, les retards dans les transports, les grèves, les manifestations, les vols à l’arraché, l’insécurité réelle ou présumée…
- le comportement expansif des Français: aborder joyeusement le touriste (et pire encore, la touriste), avec volontiers poignée de main, tape sur l’épaule…
- le langage démonstratif: exprimer ouvertement son point de vue, son désaccord, interrompre l’interlocuteur…
Contrairement à tous les autres visiteurs étrangers de la capitale, le premier recours des Japonais au système de soins parisien concerne, et de très loin, l’urgence psychiatrique (A Fisch, 1998, J Travel Med).

A noter l’existence depuis 1988 d’une consultation spécialisée à l’hôpital Ste-Anne (Dr ?ta).
En été 2 - 011, on comptabilisa six rapatriements sanitaires liés au syndrome de Paris.

Traitement

Prise en charge effectuée au mieux par un médecin de la nationalité du malade. Médications de crise éventuelles.
Le rapatriement au plus vite; d’efficacité spectaculaire. Si tel n’est pas le cas, prise en charge psychiatrique, avec recherche d’une fragilité psychologique ou d’une maladie psychiatrique antérieure.

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