Risques et situations

Grippe pandémique et voyages aériens

H1N1

Les aéroports voient chaque année passer 1,7 milliard d'individus, dans la petite surface et de leurs terminaux. CDG est fréquenté par plus de 60 millions de personnes par an (505 villes desservies) ; plus quelques dizaines de milliers de personnels techniques, administratifs, commerciaux qui viennent et repartent chaque jour de Roissy...
Les aéronefs, aujourd'hui de plus en plus bondés (malgré « la crise » puisque la taille des aéronefs s'adapte au remplissage qui doit rester maximal), sont des endroits de haute promiscuité.
Tout porte donc à penser que les voyages aériens sont épidémiologiquement très dangereux. La réalité est plus tempérée.

Voyages aériens et diffusion épidémique

De nombreuses publications attestent la responsabilité des voyages aériens

  • sur l'accélération de la diffusion épidémique grippale (ou de toute infection aéro-manuportée)
  • sur le risque de transmission en cabine ; est-il supérieur à celui du bus ou du métro qui conduit le voyageur à l'aéroport ? est-il supérieur à celui des files d'attentes à l'aéroport ? on ne sait pas.

Quoi qu'il en soit, la plupart des modélisations mathématiques montrent que la suspension des vols en début d'épidémie est peu ou inefficace, se limitant au mieux à ralentir un peu (une quinzaine de jours ?) l'inéluctable diffusion du virus (H1N1 mai 2009 : l'OMS refuse toute restriction).

Dans l'aéronef

1) L'air. Concept couramment répandu : un virus respiratoire se transmet facilement en cabine en raison du confinement et du système d'aération. Ceci est en grande partie faux.

  • Dans les avions modernes, la moitié de l'air est remplacée régulièrement par de l'air extérieur, l'autre étant recyclée par des filtres HEPA (High Efficacy Particulate) : efficacité de 99,97%. Ces filtres sont soumis à une réglementation très stricte et doivent être changés après 5000 heures de vol. Mais paradoxalement ils ne sont pas obligatoires, dépendant du bon vouloir des compagnies ; les vieux aéronefs ne sont sans doute pas ainsi équipés.
  • L'air est ainsi renouvelé 20 à 30 fois par heure, ce qui est très supérieur aux renouvellements domestiques et des bureaux.
  • L'air aspiré ou recyclé est injecté par le haut et aspiré par le sol, limitant ainsi la dissémination horizontale des particules infectieuses. Néanmoins la transmission inter-humaine est une réalité, deux rangées de sièges avant et arrière autour d'un sujet contagieux.
  • Panne de ventilation (elle arrive beaucoup plus souvent qu'on ne le croit) : c'est le drame en situation épidémique, comme en attestent plusieurs publications.
  • En cabine, mais avant le décollage : la ventilation est possible grâce à un groupe auxilliaire de puissance (APU, Auxiliary Power Unit). Mais elle est très rarement mise en oeuvre pour des raisons techniques, de bruit, et surtout sans doute économiques... Le record semble détenu lors d'un retard de 3 heures, avec 72% de voyageurs contaminés à partir d'un seul cas index. On court donc théoriquement plus de risques infectieux au sol qu'en vol.

2) La focalisation sur l'air rend les voyageurs négligents de la transmission manuportée.
Elle représente pourtant entre 40 et 70% de la transmission des virus influenzae en avion.

  • Les rotations, de plus en plus intenses, et la course à la rentabilité, rendent le nettoyage de cabine de plus en plus court (ne parlons même pas de désinfection...)
  • Le tissu d'appuie-tête, les accoudoirs, les poignées de porte, le robinet des toilettes... devront être considérés comme les pires ennemis du voyageur en phase épidémique.
  • Bien avoir conscience que la cabine d'un aéronef, pandémie ou pas, est sale. Bien sûr on n'en parle jamais, mais les PNC le savent -en particulier ceux qui y ont attrapé des poux, la gale etc.

Protection individuelle en cabine

  • Préférer un avion de construction récente affrété par une compagnie de bonne notoriété
  • Embarquer le plus tard possible; débarquer aux escales chaque fois que possible
  • Porter un masque FFP2, à changer toutes les 4 à 6 heures
  • Avoir avec soi un gel hydroalcoolique en tout petit flacon (sinon saisi au contrôle sécurité); se désinfecter les mains (30 secondes), après toute manipulation d'objets potentiellement contaminés ; éviter autant que possible -sauf après une telle désinfection- de porter les doigts à son nez, sa bouche...
  • Brancher l'arrivée d'air de façon à créer une turbulence autour du visage, pas trop forte, compatible avec le durée du voyage : si une particule infectée arrive, elle sera ainsi déviée.. Problème : dessèchement des muqueuses ORL, ce qui affaiblit la barrière naturelle contre les infections : boire beaucoup d'eau, et respirer par le nez exclusivement.
  • Demander (ou faire demander) à toute personne qui tousse de réclamer un masque chirurgical à l'hôtesse, laquelle doit être en mesure de lui en fournir un selon les directives OMS.

L'aéroport et ses risques

Transports pour y parvenir, files d'attente, salles d'embarquement, toilettes, bars, restaurants, magasins... sont sans doute plus à risque que la cabine d'un aéronef en vol. Mesures ci-dessus de rigueur. Eviter les zones à forte densité de population.
Les détecteurs de fièvre (thermo-scanners) sont considérés par beaucoup comme une fausse sécurité, laissant passer des porteurs grippés a- ou pauci-symptomatiques et néanmoins contagieux (nombreux faux négatifs).

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