Risques et situations

Allaitement maternel et voyages

Un voyage ne constitue pas une raison d’arrêt de l’allaitement au sein. Souvent, bien au contraire, la mère le trouvera plus aisé que l’allaitement artificiel et toute la logistique qu’il impose. Des précautions sont néanmoins indispensables, vitales lorsque le voyage s’effectue en zone tropicale et/ou dans des conditions d’éloignement de tout recours médical de qualité.
La consultation de voyage est totalement indispensable, conjointe avec celle du pédiatre ou du médecin traitant. Bien évidemment, on essaiera de dissuader la mère de partir dans des destinations périlleuses, dans les zones impaludées (zones 3 en particulier), partout où sévit la dengue, le Chikungunya etc. On expliquera que le nouveau-né ne tirera aucun bénéfice de ce voyage et qu’il a tout à en craindre. Mais souvent la mère persistera…

Vaccinations de la femme allaitante

Aucun vaccin actuel n’a une toxicité avérée ; il existe seulement des incertitudes, plus ou moins fondées.

  • Le vaccin contre la fièvre jaune a une toxicité purement théorique ; le voyage d’une femme allaitante en zone d’endémicité amarile est périlleux, d’autant que le nouveau-né ne pourra pas être vacciné. Une telle patiente ne devrait pas voyager dans ces contrées ; si le voyage est inévitable et le risque amaril élevé, pour beaucoup, la vaccination devra être effectuée.
  • Hépatite A : manque de données, mais toxicité jugée extrêmement improbable.
  • Typhoïde : idem.
  • Rage : manque de données ; jamais un quelconque problème n’a été rapporté.
  • Encéphalite japonaise : manque de données ; suspicion peut-être plus fondée qu’avec les vaccins précédents : à réserver aux cas à risque élevé avéré. Mais le nouveau-né ne pourra être vacciné, ce qui constitue une contre-indication au voyage compte tenu de la lourde létalité chez l’enfant.

Allaitement et médicaments spécifiques du voyage

Antipaludiques

La Atovaquone-proguanil® est « contre-indiquée ». Le Lariam « devrait être évité ». La doxycycline également.
La seule prescription possible reste donc la Savarine®, antipaludique de zone 2. Et pour le nouveau-né également, avec l’association chloroquine (Nivaquine®) et proguanil (Paludrine®) : NB le passage par le lait maternel ne suffit pas à protéger correctement l’enfant allaité.
Il sera donc vital d’utiliser toutes les mesures évitant les piqûres de moustiques, tout en sachant que le répulsif de référence (DEET 50%) est contre-indiqué, tant chez la mère que chez le nouveau-né. Vêtements recouvrant et imprégnés, moustiquaires imprégnées, air conditionné, sprays et diffuseurs, et évitement des conduites nocturnes à risque sont donc vitaux.

Antibiotiques, diarrhées

Le traitement de référence d’une diarrhée en zone tropicale ou d’une infection entéro-invasive repose sur les fluoroquinolones. Or toute la classe est contre-indiquée en cas d’allaitement.
A défaut on pourrait envisager l’azithromycine (Zithromax®) : mais « l'innocuité de l'azithromycine chez la femme allaitante n'ayant pas été établie, la prescription ne sera effectuée que si les bénéfices attendus apparaissent supérieurs aux risques encourus » (RCP).
Resterait pour les cas graves la ceftriaxone (Rocéphine®), mais seulement en traitement court car s’accumulant dans le lait maternel.
Le lopéramide peut être utilisé en traitement court. Le racécadotril (Tiorfan®) est contre-indiqué.

Conseils pratiques

  • Le stress et les efforts physiques liés au voyage doivent être combattus
  • Ne jamais arriver à l’aéroport, à la gare, au dernier moment
  • Ne pas prévoir de longues étapes fatigantes
  • Boire en abondance (pas d’alcool ni excitants) ; hygiène alimentaire scrupuleuse ; maintien d’une alimentation diversifiée, pauvre en graisses animales (difficile sur certaines destinations)
  • Lavage méticuleux des mains avant tout allaitement ; maintenir une parfaite hygiène corporelle (une douche quotidienne suffit, deux en pays chaud) : pas de désinfection préventive obsessionnelle des seins
  • En cas de baisse de lait : ralentir le voyage (voir repos complet de 1-3 jours), mettre le bébé le plus souvent possible au sein, ne pas donner d’autres compléments. D’une manière générale, les compléments sont à risque dans les pays tropicaux : qualité de l’eau, produits introuvables ou de qualité incertaine…
  • Mettre l’enfant au sein au décollage et à l’atterrissage pour diminuer les douleurs auriculaires
  • Connaître parfaitement la conduite à tenir devant une diarrhée chez un nourrisson, avec ses éventuelles spécificités tropicales (recours médicaux défaillants, germes inhabituels…).
  • Avoir vérifié que votre compagnie d’assistance couvre bien aussi l’enfant.

Matériels et produits indispensables

  • Partir un stock suffisant : souvent ils ne seront pas disponibles sur place ou seront difficiles à trouver et de qualité douteuse.
  • Tire-lait manuel (ne jamais compter sur l’électricité 24h/24)
  • Le nécessaire pour allaitement artificiel au cas où l’allaitement naturel devrait être arrêté (paludisme, diarrhée grave, médicaments obligatoires incompatibles…)
  • Antibiotique compatible avec l’allaitement pour traiter une éventuelle mastite grave (voir avec l’obstétricien)
  • Moustiquaire imprégnée pour adulte et pour bébé
  • En cabine, vêtements de rechange, serviette, couverture légère ; jouets, peluches et linges familiers.

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