Risques et situations

Pollution atmosphérique urbaine dans le monde

On s’occupe de manière maintenant routinière des vaccinations, de la prévention palustre, de l’éducation à l’hygiène… chez nos patients voyageurs internationaux. Mais faute d’une connaissance précise de la pollution atmosphérique et de ses effets, nous laissons quotidiennement partir sans prévention particulière des patients asthmatiques à Mexico, des enfants entre deux bronchiolites alvéolaires au Caire, des angoreux instables à Delhi…

La pollution atmosphérique va bientôt se placer au cœur des problèmes à résoudre en consultation de voyages. Déjà de nombreux tour-opérateurs shuntent le Caire ou Mexico pour acheminer directement les touristes au pied des pyramides pharaoniques et aztèques.
Il est désormais prouvé que cette pollution -hormis ses effets liés à l’exposition chronique bien connus- :

  • aggrave le tableau clinique et la mortalité liée au SRAS ;
  • augmente la fréquence et aggrave le pronostic des infections respiratoires aiguës, et agit en synergie avec le tabagisme (y compris bien évidemment pour le cancer bronchique) ;
  • augmente la fréquence des conjonctivites, rhinites et eczémas -affections fréquentes, et peut-être de plus en plus, chez le voyageur- ;
  • déclenche des crises d’asthme ou augmente les doses médicamenteuses utiles chez l’asthmatique ; il est même possible que cette pollution puisse créer, ou tout au moins révéler un asthme ;
  • est un élément déclenchant des évènements cardiovasculaires aigus ; les effets de la pollution semblent même aujourd’hui plus délétères pour le système cardiovasculaire que pour le système respiratoire ;
  • est en soi un immunodépresseur ou, pour le moins, est un élément aggravant d’une immunodépression.

Globalement, le taux de ces particules en suspension est directement lié à la mortalité. Une récente étude menée dans six villes américaines, portant sur 8.000 adultes, a montré que les habitants de la ville la plus polluée (Steubenville) avaient 26% de risque supplémentaire de mourir jeunes par rapport à ceux de la ville la moins polluée (Portage). Puis des analyses plus fines, multivariées, ont eu lieu, prenant en compte des facteurs aussi divers que l’éducation, l’origine ethnique, le revenu moyen, la densité du système de santé, la température, l’humidité… Elles confirment le rôle clef, autonome, de la pollution particulaire.
La différence entre exposition chronique et exposition aiguë est difficile à établir, mais il est clair que chaque jour passé dans une zone à forte pollution particulaire grève le pronostic vital, immédiat et / ou à terme.
Le tout pour des voyageurs de plus en plus âgés issus de populations de plus en plus allergiques et bronchospastiques.

La Banque Mondiale a établi la carte ci-dessus, concernant la pollution atmosphérique particulaire (PM10) des 3.200 villes du monde hébergeant plus de 100.000 habitants. Pour l’OMS, cette pollution y est responsable de 1,4 à 6 millions de décès annuels. Cette pollution particulaire a des effets délétères majeurs, beaucoup plus importants que ceux liés aux composés soufrés, au NO2, au CO, à l’ozone, au benzène… auxquels de toutes façons ils sont liés. De plus ces particules contiennent des hydrocarbures aromatiques polycycliques aux propriétés mutagènes, carcinogènes et toujours irritantes.

NB. Au-dessus de PM10 (de plus de 10 mcm), les particules sont arrêtées par l’appareil respiratoire supérieur ; au-dessous, elles peuvent atteindre les bronchioles les plus distales et même les alvéoles.
Cette carte a sa place dans tous les cabinets et centres de conseils aux voyageurs.

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