Piqûres d'hyménoptères
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<P ALIGN="CENTER"><FONT color="#000099" FACE="Arial"><B>Francisque LEYNADIER - Habib CHABANE</B></FONT></P>
<P><IMG SRC="http://www.urgence-pratique.com/2articles/medic/Abeille.jpg" WIDTH="181" HEIGHT="181" ALIGN="BOTTOM" BORDER="0"><FONT SIZE="6" COLOR="#000099" FACE="Arial"><B>Prise
en charge des réactions aux piqûres d’hyménoptères</B></FONT></P>
<P align="justify"><FONT SIZE="4" FACE="Arial"><I><font color="#000099">Les piqûres d’insectes sont fréquentes. À l’âge de
20 ans, plus d’un adulte sur deux a déjà été piqué au moins une fois (1). En
dehors des désagréments que suscitent ces piqûres, elles peuvent être responsables chez
près de 20% de la population, de manifestations d’anaphylaxie plus ou moins sévères. Les insectes
piqueurs (abeilles, guêpes, frelons et les fourmis), appartiennent à plusieurs familles de l’ordre
des Hyménoptères. Nous n’aborderons pas les piqûres provoquées par d’autres insectes
hématophages comme les moustiques, les tiques les puces. Ces piqûres sont rarement responsables de
manifestations allergiques, car ces insectes sont dépourvus de venin.</font></I></FONT></P>
<P align="justify"><FONT color="#000099" FACE="Arial">Les manifestations cliniques de l’anaphylaxie au venin d’hyménoptères (tableau
1) peuvent être extrêmement sévères, voire fatales. La mortalité est estimée
entre 0,09 à 0,45 cas par million, soit 1 décès pour 2 à 10 millions d’habitants (1,2).
En France, les piqûres d’hyménoptères tuent en moyenne une quinzaine de personnes par an. Aux
Etats-Unis, elles seraient responsables d’une quarantaine de décès par an. La mort survient dans
un tableau clinique de choc anaphylactique avec collapsus cardiovasculaire.<BR>
Les sujets les plus exposés sont les apiculteurs et leurs familles, les personnes exerçant des activités
à l’extérieur et les Sapeurs-Pompiers qui sont appelés pour détruire les essaims d’abeilles
menaçant les habitations. Rien ne permet d’identifier les sujets ayant un risque de développer une
réaction anaphylactique, en dehors d’une réaction similaire dans leurs antécédents.
À l’échelle individuelle, le risque de réaction systémique lors d’une nouvelle piqûre
peut être estimé en se basant sur des statistiques rétrospectives et prospectives établies
en fonction du type de réaction initiale (figure 1). <BR>
<BR>
<B>LES MANIFESTATIONS CLINIQUES</B></FONT></P>
<P align="justify"><FONT color="#000099" FACE="Arial"><I><B>LES RÉACTIONS LOCALES :</B></I> <BR>
La piqûre d’hyménoptère s’accompagne toujours d’une réaction locale érythémateuse
et douloureuse au point d’inoculation du venin. L’érythème est peu ou pas induré. Sa taille
est en moyenne de 2 cm, sans atteindre 10 cm. Le tout régresse spontanément sans laisser de séquelles,
en quelques minutes à 24 heures. Cette réaction normale est due à l’inoculation dans le tissu
sous-cutané, de venin riche en histamine, peptides vasoactifs, enzymes (protéases, phospholipases,
hyaluronidase…) et toxines. La quantité de venin susceptible d’être injectée varie de 50 à
300 µg, selon l’insecte piqueur. Le volume réellement injecté lors d’une piqûre de guêpe
est faible de l’ordre de 17 µl. Il est plus important, de l’ordre de 50 µl, lors d’une piqûre
d’abeille. Le volume de venin injecté varie aussi selon la durée de la piqûre. Il faut par
exemple une minute pour que tout le contenu du sac à venin soit injecté après une piqûre
d’abeille (3). D’où l’intérêt de retirer rapidement le dard resté planté dans
la peau.<BR>
La réaction allergique locale se distingue par l’importance de l’érythème, souvent accompagné
d’induration (>10 cm) et d’œdème d’installation rapide, persistant plus de 24 h. L’extension de cette
réaction peut facilement atteindre l’articulation voisine lorsque la piqûre siège sur les extrémités.
Cette réaction allergique locale apparaissant en quelques minutes (<30 mn) est parfois retardée
de quelques heures, pouvant aller jusqu’à 48 heures. Elle disparaît habituellement en moins de 7 jours.
La prévalence des réactions locales étendues dans la population générale est
estimée de 1,5 à 18% (1).<BR>
Les piqûres siégeant sur la face, le cou ou intrabuccales, peuvent entraîner des réactions
érythémato-œdémateuses spectaculaires. Elles sont parfois responsables de réactions
sévères comme un œdème laryngé entraînant un risque vital (4).<BR>
En cas de re-piqûre, 40 à 80% de ces personnes présenteront à nouveau une réaction
locale étendue (4). Seul environ 5% développeront une réaction systémique (4,5).<BR>
<BR>
<B><I>LES RÉACTIONS GÉNÉRALES :</I></B><BR>
Les réactions générales ou systémiques surviennent à distance du point de piqûre.
Le délai d’apparition est généralement court (<30 mn). Elles ont été classées
par Muller et al. (5), en 4 niveaux de gravité croissante (tableau 1). Les signes cutanés de type
urticaire généralisée et angio-œdème sont les plus constants. Les signes témoins
de réaction plus grave sont la détresse respiratoire et le collapsus.<BR>
La prévalence des réactions systémiques varie entre 0,3 et 5% chez l’adulte, en fonction du
mode de recueil des informations (1,5). La prévalence est plus forte chez l’apiculteur amateur. Chez l’enfant
d’âge scolaire, elle varie de 0,15 à 0,8% pour les piqûres d’abeille (6).<BR>
Les réactions d’anaphylaxie sont plus fréquentes chez les sujets jeunes, vraisemblablement à
cause d’un niveau d’exposition plus élevé. Cependant, les réactions fatales sont plus fréquentes
chez les personnes âgées, dont l’état cardio-vasculaire est défaillant, ou chez les
utilisateurs de bêtabloquants. Les réactions fatales sont exceptionnelles chez l’enfant. Les réactions
systémiques sont fréquentes mais moins sévères à cet âge que chez l’adulte
(6).<BR>
Le pourcentage de récidive en cas de re-piqûre varie de 15 à 30% chez les personnes qui ont
déjà présenté une réaction systémique modérée et de 35
à plus de 50% chez ceux qui ont présenté une réaction systémique sévère
(5,7). Les sujets âgés récidivent plus souvent que les sujets jeunes. Plus la réaction
initiale était grave et plus le risque de récidive est important. Seule l’histoire clinique permet
d’évaluer le risque de récidive, mais pas les tests cutanés ni les dosages des IgE spécifiques
anti-venin.</FONT></P>
<P ALIGN="CENTER"><font color="#000099"><IMG SRC="http://www.urgence-pratique.com/2articles/medic/Hymeno01.jpg" WIDTH="425" HEIGHT="348" ALIGN="BOTTOM" BORDER="0"></font></P>
<P align="justify"><FONT color="#000099" FACE="Arial"><BR>
<B><I>AUTRES TYPES DE RÉACTIONS</I></B><BR>
Quelques cas de maladie sérique après piqûre d’hyménoptères ont été
rapportés. Cliniquement ils sont caractérisés par de l’urticaire, des douleurs articulaires,
polyadénopathies et de la fièvre survenant dans un délai de 7 à 17 jours après
la piqûre (8).<BR>
D’autres manifestations rares à type de néphrite, névrite, encéphalite, vascularite,
purpuras… ont été imputées à des piqûres d’hyménoptères. Leurs
mécanismes ne sont pas connus (4,8). Ces manifestations ne doivent pas être confondues avec les réactions
toxiques au venin, lorsque le nombre de piqûres atteint ou dépasse la centaine. Les accidents toxiques
sont dominés par des manifestations cardio-respiratoires (8). <BR>
Dans tous ces cas, une sensibilisation au venin peut apparaître. Il est recommandé d’explorer cliniquement
ces individus pour rechercher une allergie IgE-dépendante au venin d’hyménoptères. <BR>
<BR>
<B>LES TRAITEMENTS DES RÉACTIONS AUX PIQÛRES D’INSECTES<BR>
</B><BR>
<B><I>RÉACTIONS LOCALES ÉTENDUES :</I></B><BR>
Ces réactions bénignes, sont généralement bien contrôlées par la prise
d’anti-histaminique anti-H1 par voie orale. S’il s’agit d’une piqûre d’abeille, l’aiguillon qui reste planté
dans la peau, doit être retiré le plus tôt possible quel que soit le moyen utilisé (9).
Désinfecter la piqûre dans tous les cas. L’application d’une source de chaleur au niveau du point
de piqûre donne des résultats inconstants. Cette méthode empirique n’a pas été
validée médicalement (10). En cas de douleur, un antalgique comme le paracétamol ou l’aspirine
seront prescrits. Un traitement local antiprurigineux ou anti-inflammatoire peut être utile dans certains
cas. Si l’œdème prédomine, une corticothérapie brève de 40 mg de prednisone pendant
2 à 3 jours est indiquée. Il n’y a pas lieu de proposer une immunothérapie spécifique
aux personnes ayant développé des réactions locales étendues. En cas de re-piqûre,
moins de 5% seulement d’entre eux peuvent avoir une réaction systémique grave.</FONT></P>
<P ALIGN="CENTER"><font color="#000099"><IMG SRC="http://www.urgence-pratique.com/2articles/medic/Hymeno02.jpg" WIDTH="567" HEIGHT="251" ALIGN="BOTTOM" BORDER="0"></font></P>
<P align="justify"><FONT color="#000099" FACE="Arial"><BR>
<B><I>RÉACTIONS GÉNÉRALES :</I></B><BR>
Les réactions générales légères et modérées (classes I et II,
cf. tableau 1) seront traitées symptomatiquement. Le faible risque de réaction systémique
sévère en cas de re-piqûre doit faire discuter l’immunothérapie spécifique au
venin d’hyménoptères. <BR>
Le traitement des réactions générales graves (classes III et IV) relève de l’urgence
vitale. L’adrénaline injectable est le médicament de secours le plus utile pour traiter le choc anaphylactique.
L’adrénaline doit être administrée dès les premiers signes d’anaphylaxie grave par le
patient lui-même (dispositif auto-injecteur d’adrénaline) ou par toute personne de son entourage.
La posologie est de 0,25 ou 0,30 mg d’adrénaline chez l’adulte et de 0,15 mg chez l’enfant de moins de 20
kg de poids corporel. Tout retard dans son administration peut faire courir un risque vital au patient. L’administration
doit être répétée 10 à 15 mn après en cas de persistance des signes cliniques.
En cas d’œdème laryngé, l’adrénaline est plus efficace sous forme de spray buccal.<BR>
L’administration simultanée de corticoïdes par voie parentérale est conseillée mais insuffisante
à elle seule pour traiter le choc anaphylactique. Il en est de même des antihistaminiques anti-H1.
Un abord veineux sera posé dès que possible et maintenu jusqu’à ce que l’état hémodynamique
du patient soit stabilisé. La tension artérielle et le pouls seront surveillés très
régulièrement.<BR>
Dans tous les cas le patient doit être conduit en urgence à l’hôpital où il sera admis
en soins intensifs, si son état le nécessite ou gardé en observation. Dans certains cas, l’évolution
du choc anaphylactique est biphasique. Les signes d’anaphylaxie grave peuvent aussi réapparaître en
raison de la courte durée d’action de l’adrénaline ou d’une posologie insuffisante.</FONT></P>
<P ALIGN="CENTER"><font color="#000099"><IMG SRC="http://www.urgence-pratique.com/2articles/medic/Hymeno03.JPG" WIDTH="567" HEIGHT="322" ALIGN="BOTTOM" BORDER="0"></font></P>
<P align="justify"><FONT color="#000099" FACE="Arial"><BR>
<B>LA PROPHYLAXIE</B><BR>
<BR>
<B><I>LES MESURES INDIVIDUELLES DE PRÉVENTION :</I></B><BR>
Elles consistent à se prémunir des piqûres d’insectes en limitant les activités à
l’extérieur, comportant des risques, comme les pique-niques et les balades dans les champs ou près
de zones d’apiculture. L’usage des parfums et eaux de toilettes est déconseillé car ils attirent
les insectes. Il est conseillé de porter des vêtements couvrant bien le corps et de couleur claire.
Le blanc est recommandé, alors que le noir et les couleurs sombres qui attirent les insectes piqueurs sont
à éviter. L’utilisation de spray répulsifs est d’une efficacité limitée en raison
de leur faible rémanence.<BR>
Le port permanent d’adrénaline en seringue prête à l’emploi ou en dispositif auto-injecteur
est recommandé chez les patients ayant déjà eu un choc anaphylactique sévère.
Il faut aussi que le patient et son entourage proche, soient entraînés à s’en servir. L’usage
de bêtabloquants n’est pas recommandé, car ils rendent inefficace l’action de l’adrénaline
en cas de besoin. Cette recommandation est aussi valable dans le cas où une immunothérapie serait
mise en route. Il est préférable de les remplacer par des inhibiteurs calciques.<BR>
<BR>
<B><I>L’IMMUNOTHÉRAPIE SPÉCIFIQUE :</I></B><BR>
Elle est indiquée chez l’adulte et l’enfant ayant eu une réaction générale sévère
(stade III et IV de la classification de Müller) après avoir fait la preuve de l’origine IgE-dépendante
des manifestations cliniques (tests cutanés positifs et présence d’IgE spécifiques au venin
d’hyménoptère) (5). L’indication est élargie aux réactions générales
légères ou modérées (stades I ou II de la classification de Müller) chez les adultes
de plus de 60 ans qui ont présenté une réaction systémique dont l’origine anaphylactique
est documentée. Cette extension de l’indication s’applique aussi aux apiculteurs et aux membres de leur
famille, compte tenu du risque plus élevé qu’ils encourent. En dehors des enfants d’apiculteurs,
l’immunothérapie n’est pas indiquée chez les enfants ayant présenté une réaction
systémique légère voire modérée. Le risque de récidive, plus faible que
chez l’adulte, ne justifie pas sa mise en route. Enfin, la grossesse n’est pas une contre-indication à la
poursuite d’une immunothérapie. Il ne faut par contre pas démarrer d’immunothérapie chez une
femme enceinte.<BR>
L’immunothérapie spécifique par voie injectable avec les méthodes accélérées
permet d’atteindre plus vite une dose d’entretien de 100 à 200 µg de venin (5). Elle est préférable
à la méthode classique utilisant une progression lente des doses en ambulatoire. Une hospitalisation
de 2 à 4 jours est nécessaire. La dose d’entretien hebdomadaire est ensuite espacée progressivement,
puis maintenue mensuellement pendant 3 à 5 ans (4,5).<BR>
La sélection des venins est guidée par l’histoire clinique, les tests cutanés et les IgE spécifiques
en tenant compte des réactions croisées (11). Les venins de guêpe et d’abeille peuvent être
mélangés pour le traitement en cas d’allergie au deux hyménoptères.<BR>
L’immunothérapie est un traitement long qui ne doit être proposée qu’à des patients
bien compliants. Des réactions adverses plus ou moins sévères peuvent survenir pendant son
déroulement. Les réactions systémiques varient de 5 à 40% selon les études (4,5).
Elles sont plus fréquentes avec le venin d’abeille qu’avec le venin de guêpe (12). Les réactions
locales sont quasi-constantes.</FONT></P>
<P ALIGN="CENTER"><FONT color="#000099" FACE="Arial"><B>Pr. Francisque LEYNADIER, Dr Habib CHABANE<BR>
</B>Service d’Allergologie, Hôpital Tenon (AP-HP)<BR>
4, rue de la Chine, 75970 Paris cedex 20.<BR>
Mel : </FONT><font color="#000099"><A HREF="mailto:habib.chabane@free.fr"><FONT FACE="Arial">habib.chabane@free.fr</FONT></A></font></P>
<P ALIGN="CENTER"><FONT color="#000099" FACE="Arial"><B>BIBLIOGRAPHIE</B></FONT></P>
<P><FONT color="#000099" FACE="Arial">1 - Incorvaia C, Mauro M, Pastorello EA. - Hymenoptera stings in conscripts. - Allergy 1997
; 52 : 680-1.<BR>
2. - Charpin D, Birnbaum J, Lanteaume A, Vervloet D. - Prevalence of allergy to Hymenoptera stings in different
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3. - Schumacher MJ, Tveten MS, Egen MB. - Rate and quantity of delivery of venom from honey bee stings. - J Allergy
Clin Immunol 1994 ; 93 : 831-5.<BR>
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venins d’hyménoptères. Modalités de l’immunothérapie spécifique. - Rev Fr Allergol
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5. - Müller U, Mosbech H. - Immunotherapy with Hymenoptera venoms. [Position paper]. - Allergy 1993 ; 48 (Suppl)
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l’enfant. - Rev Fr Allergol 1997 ; 37 : 1070-77.<BR>
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