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Janvier 2010

COUTEUSE MALARONE

1997 fut un tournant dans la prévention du paludisme chez le voyageur. Le médicament le plus actif (méfloquine, Lariam) était accusé d’effets secondaires graves, neuro-psychiatriques en particulier, parfois suivies d’actions en justice. Et des résistances commençaient à apparaître en Asie du Sud-Est.
Quelques années auparavant, Pierre Savart (pharmacien du groupe Zeneca) eut l’idée d’associer la chloroquine au proguanil, un vieux biguanide (1946). Cette combinaison, dénommée Savarine en son honneur, fut commercialisée en 1996 et connut un vif succès pour les destinations de zone 2. Mais bien vite la plupart des pays de zone 2 passèrent en zone 3.
En 1998, c’était l’impasse sur le marché en pleine expansion du voyage tropical. GSK avait développé l’association de deux molécules (proguanil, et atovaquone développée contre P. carinii chez les sidéens). Atovaquone-proguanil était née, et très vite commercialisée dans les pays industrialisés.
Efficacité sur les souches multi-résistantes, très peu d’effets indésirables, de contre-indications, et posologie simple : un cp par jour, à débuter la veille de l’arrivée, tout au long du séjour et durant les 7 jours après le retour. Ce fut un succès commercial et médical.

Pourquoi un prix aussi élevé et fluctuant ?

Le prix de Atovaquone-proguanil est très élevé par rapport à son coût de production pour les raisons suivantes.
- Il est non remboursé par l’Assurance Maladie.
- Il est à ce jour l’antipaludique préventif et thérapeutique le plus efficace et le mieux supporté.
- Il est devenu l’antipaludique « universel » : plus besoin pour le médecin de consulter les cartes des résistances : il sait qu’il mettra au mieux à l’abri son patient voyageur avec Atovaquone-proguanil dont la prescription est si simple. Même si cela doit lui coûter beaucoup d’argent.

Le prix public conseillé en France est de 43,95€ la boîte de 12 comprimés. La moyenne nationale actuelle est de 45€. Le prix maximum que nous avons constaté est de 65€. La moyenne des prix bas se situe entre 29,90 et 35€.

Pourquoi ces prix cassés? Si un patient achète de la Atovaquone-proguanil, il est certain qu’il a aussi besoin de vaccins, d’anti-diarrhéiques, de répulsifs etc. Si le pharmacien veut récupérer ces ventes, il faut que le client ne vienne pas chez lui par hasard. D’où le produit d’appel Atovaquone-proguanil à prix cassé.

Les forums de voyageurs ont fait le reste en échangeant les bonnes adresses, emballant la machine à casser les prix. Aujourd’hui il n’est pas une grande ville française qui n’ait au moins un pharmacien « bradeur ».

Et la braderie s’étend désormais aussi à la vente directe sur le web. « De retour d’un voyage récent en Thai, il me reste 6 cp de Atovaquone-proguanil, je les revends 16€ frais de port compris. Valables jusqu’en novembre 2 - 011 ».

On y trouve également des professionnels de la vente- illégale- de médicaments en ligne qui ajoutent désormais Atovaquone-proguanil au Viagra et autres Cialis.

Quel est le prix de vente aux pharmacies ?

Une boîte de 12 cp : 33,28€ (TVA 2,1%). En fonction de l’ampleur de la commande, le rabais peut aller jusqu’à 14,97%. Donc une officine qui vend/achète beaucoup de Atovaquone-proguanil peut espérer payer la boîte 28,30€ HT.
Une petite officine rurale, à clientèle de voyageurs tropicaux microscopique, ne peut pas se permettre de vendre Atovaquone-proguanil au même prix qu’une officine située à côté d’un grand centre de médecine des voyages. Cette disparité explique que certains patients n’hésitent pas à faire des dizaines de kilomètres pour trouver une pharmacie qui casse les prix.

Pourquoi pas de remboursement ?

De principe, l’Assurance Maladie ne prend pas en charge les frais que les assurés engagent pour leurs loisirs. Cette position n’est pas illogique.

- Prendre en charge des risques liés aux loisirs signifierait pour l’Assurance Maladie qu’il faudrait rembourser les casques pour les skieurs, les fusées de détresse pour les plaisanciers, les lunettes de glaciers pour les alpinistes… Bref, une démarche à la fois paternaliste et de toutes façons incompatible avec le déficit de la Sécu.

- Et ne nous voilons pas la face : si tous ces médicaments étaient remboursés, non pas au vu d’une pathologie déterminée et vérifiable mais dans le cadre conjoncturel d’un voyage, impossible à contrôler, il se développerait des trafics et des escroqueries à la Sécu.

Pourquoi pas de générique?

L’atovaquone, disponible depuis 1992, et le proguanil, depuis 1946, sont dans le domaine public.
Y-a-t-il la place pour un deuxième laboratoire qui pourrait donc fabriquer une « Atovaquone-proguanil-like » ? L’économie libérale semble répondre négativement. De nombreux laboratoires ont sûrement étudié la question et ont conclu qu’il y avait des secteurs d’investissement plus rentables, ou plus rapidement rentables, que cette relative niche de la prévention palustre du voyageur. Sans oublier le risque d’apparition de résistances.

Est-ce accessible dans les pays impaludés?

Les pays impaludés sont des pays pauvres, la Atovaquone-proguanil est un produit cher.
Mais surtout la Atovaquone-proguanil n’y a pas de place dans la prévention ni le traitement du paludisme. La notion de chimioprophylaxie leur est inadéquate et délétère ; et le traitement curatif des accès palustres repose sur des produits (dérivés de l’artémisine + autre antipaludique) très rapidement actifs et très peu chers.
Donc il est rare de trouver la Atovaquone-proguanil dans les pays impaludés. Avis aux voyageurs qui auraient pensé l’y acheter moins cher qu’au nord.

COUTEUSE MALARONE

1997 fut un tournant dans la prévention du paludisme chez le voyageur. Le médicament le plus actif (méfloquine, Lariam) était accusé d’effets secondaires graves, neuro-psychiatriques en particulier, parfois suivies d’actions en justice. Et des résistances commençaient à apparaître en Asie du Sud-Est.
Quelques années auparavant, Pierre Savart (pharmacien du groupe Zeneca) eut l’idée d’associer la chloroquine au proguanil, un vieux biguanide (1946). Cette combinaison, dénommée Savarine en son honneur, fut commercialisée en 1996 et connut un vif succès pour les destinations de zone 2. Mais bien vite la plupart des pays de zone 2 passèrent en zone 3.
En 1998, c’était l’impasse sur le marché en pleine expansion du voyage tropical. GSK avait développé l’association de deux molécules (proguanil, et atovaquone développée contre P. carinii chez les sidéens). Atovaquone-proguanil était née, et très vite commercialisée dans les pays industrialisés.
Efficacité sur les souches multi-résistantes, très peu d’effets indésirables, de contre-indications, et posologie simple : un cp par jour, à débuter la veille de l’arrivée, tout au long du séjour et durant les 7 jours après le retour. Ce fut un succès commercial et médical.

Pourquoi un prix aussi élevé et fluctuant ?