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Septembre 2012

Les moustiques et la pluie

On entend souvent dire en période de mousson «vous aurez moins de problèmes avec les moustiques: ils se font écrabouiller par le déluge». Et bien c’est faux !
Les chercheurs, américains, ont reproduit une averse in vitro: un impact toutes les 25 secondes, jet à 9 m/s, le tout filmé à 4000 images/s. D’un côté le moustique (3 mm, 2 mg), de l’autre la goutte (4 à 100 mg). Ne pouvant lutter contre ces chiffres, le moustique se remet en bonne position, se colle à la goutte en en devenant «passager», chute avec elle sur une distance de 5 à 20 fois sa longueur puis s’en détache gentiment: il semble savoir que l’impact au sol lui serait fatal. Donc si le moustique survit à l’énorme accélération, c’est grâce à sa faible masse (et aussi à son exosquelette qui lui permet d’encaisser des forces compressives de 3 à 4 000 Dynes); ce qui fait dire aux auteurs qu’il est «un maître incontesté du tai chi chuan (éviter les forces de l’adversaire pour les accompagner dans la même direction Ndlr).
Etude félicitée et publiée par la National Academy of Sciences américaine.

DICKERSON A K et al. Mosquitoes survive raindrop collisions by virtue of their low mass. Proc Natl Acad Sci U S A. 2 - 012 Jun 19;109(25):9822-7. Epub 2 - 012 Jun 4.

Haïti. P. falciparum se modifie

Les Haïtiens n’ont vraiment pas de chance. Après que des soldats népalais de l’ONU leur aient apporté le choléra, les humanitaires débarquèrent. Sans doute parce qu’ils furent sous choloroquine et la distribuèrent largement aux populations, le paludisme haïtien (qui fait partie du club de plus en plus fermé de la zone 1) se met à devenir moins sensible à cette molécule, tout au moins in vitro.
Des chercheurs français et canadiens ont étudié les souches de personnels d’aide revenus avec un paludisme à P. falciparum. Sur 19 isolats, ils ont identifié une modification du génotype (pfcrt 76K+T) associée à une augmentation de 50% de la concentration inhibitrice de chloroquine.

GHARBI M et al. Chloroquine-resistant malaria in travelers returning from Haiti after 2 - 010 earthquake. Emerg Infect Dis. 2 - 012 Aug.

NDLR. Pourquoi diable ne pas mettre au moins les personnels d’aide sous doxycycline comme le fait d’ailleurs l’armée française avec bénéfice (diminution du risque de choléra – cf VISA 151 juin 2 - 012).

Traitements curatifs du paludisme en Europe

De décembre 2003 à 2009, les auteurs ont mené une étude prospective d’observation des pratiques curatives du paludisme à P. falciparum non compliqué dans 16 centres européens de médecine tropicale et des voyages: 504 patients furent inclus. Ils ont identifié 18 traitements différents.
Les trois thérapeutiques principales reposaient sur atovaquone-proguanil (Atovaquone-proguanil®), méfloquine (Lariam®) et artéméther-luméfantrine (Riamet®).
La disparition de la fièvre et de la parasitémie était la plus courte avec ce dernier. La quinine seule était le traitement entraînant le plus d’arrêts au profit d’un autre anti-paludique. La principale cause de changement de traitement était la survenue de vomissements (5,5%), en particulier chez les patients recevant atovaquone-proguanil (9,0%).
Les auteurs demandent l’élaboration d’un consensus à l’échelon européen.

BOUCHAUD O et al. Therapy of uncomplicated falciparum malaria in Europe: MALTHER - a prospective observational multicentre study. Malar J. 2 - 012; 11: 212.

Alpinisme et décès

Il est couramment admis que la mort frappe avant tout les alpinistes mal entraînés et que les grimpeurs expérimentés en sont en grande partie à l’abri. Voyons si cette assertion a priori raisonnable, habituelle pour de nombreuses activités humaines, résiste à la gigantesque étude rétrospective de toutes les expéditions himalayennes menées entre 1970 et 2 - 010 Ndlr.
Tout d’abord, ajustement sur des facteurs pouvant influencer le risque: saison, année de l’expédition, sommet choisi, atteinte du sommet, plan de route, âge, sexe: OR=1,00, CI95 0,96-1,05, p=0,904: pas de différence de mortalité.
Les auteurs vont plus loin: on qualifie généralement de peu fiables et plus dangereuses les expéditions organisées par les agences «commerciales». L’étude démontre que cela est faux: aucune augmentation des décès n’y est constatée: bien que la différence ne soit pas significative (OR 0,67, CI95 0,37-1,09, p=0,100), l’étude trouve au contraire une diminution de 37% d’accidents mortels par rapport aux expéditions traditionnelles.
Enfin, dans tous les cas, la mortalité diminue d’année en année:  3,0% dans les années 80, 0,9% depuis 2000, et alors même que l’atteinte des sommets passe de 21,4% à 39,8%.

WESTHOFF JL et al. Effects of experience and commercialisation on survival in Himalayan mountaineering: retrospective cohort study. BMJ 2 - 012 Jun 13;344:e3782. doi: 10.1136/bmj.e3782

Risque dengue Thaïlande

Quel est le risque pour un voyageur de courte durée de contracter la dengue lorsqu’il passe un court séjour en Thaïlande en période de haute transmission ' Pour répondre à cette question (à laquelle nous n’avions aucune réponse Ndlr), les auteurs ont élaboré un modèle mathématique complexe, en fonction de la durée de séjour.
Sept jours: risque de 0,2% (95%CI 16-0,23)
Quinze jours: 0,46% (95%CI 0,41-0,50)
Trente jours: 0,81% (95%CI 0,76-0,87).
Les auteurs jugent leur modèle mathématique pertinent, une étude de séroconversion antérieure chez des voyageurs israéliens donnant un même chiffre d’infection après 30 jours passés en Thaïlande en période de haute transmission.

MASSAD E et al. Dengue infection in non-immune travellers to Thailand. Epidemiol Infect 2 - 012 Apr 24 :1-6 (Epub ahead of print).
 
NDLR. Rappelons que la période de transmission maximale de la dengue en Thaïlande a lieu pendant nos vacances d’été, ce que savent bien peu de voyageurs.