News

Septembre 2010

Typhoïde: résistance africaine

En Afrique sub-saharienne, l’incidence de la fièvre typhoïde demeure très mal connue; et bien sûr la sensibilité de S. typhi encore plus. Les auteurs ont étudié 323 souches conservées au Kenya.
Seulement 54 (16,7%) se révélèrent normalement sensibles; 74 (22,9%) étaient résistantes à l’un des antibiotiques usuels de base (ampicilline, chloramphénicol, cotrimoxazole, tétracycline); mais la majorité, 195 (60,4) l’était à tous. Plus inquiétant encore: l’analyse phylogénétique montra que 94 des souches multirésistantes étaient insensible aussi à la ciprofloxacine et avaient un génotype (haplotype MDR) similaire à celles communément isolées en Asie du sud-est qui y posent un grave problème de santé publique.

KARUIKI S et al. Typhoid in Kenya is associated with a dominant multidrug resistance Salmonella enterica Serovar Typhi haplotype. That is also widespread in Saoutheast Asia. J Clin Microbiol 2 - 010 ; 48: 2171-6.

NDLR. Pour le voyageur, la meilleure protection contre la typhoïde résistante est la vaccination. Or on a moins tendance à vacciner un touriste animalier du Massai Mara qu’un routard se rendant au Laos. Il va sans doute falloir changer nos habitudes.

Sous-continent indien : n’approchez pas les hôpitaux ! !

Que ce soit pour une intervention réglée et moins coûteuse («tourisme médical», esthétique en particulier) ou pour une chirurgie d’urgence -ce qui est plus difficile- ne vous faites pas opérer en Inde ; pas plus au Pakistan et au Bengladesh (qui y songerait '..Ndlr). Le responsable : le nouveau gène de résistance bactérienne New Delhi metallo-beta-lactamase [NDM] 1. Il rend les bactéries nosocomiales multi-résistantes insensibles à quasiment tous les antibiotiques, y compris les carbapénèmes qui sont (auront été ') notre dernier recours.
La publication du 11 août (cf infra) a eu l’effet d’une bombe. Les auteurs anglais et indiens ont fait venir des souches bactériennes pathogènes isolées en Inde, dans le sud (Chennai) et le nord (Haryana), entre 2007 et 2009: il ont trouvé (PCR et séquençage) le gène NDM-1 chez 44 d’entre elles (1,5%) dans le sud, 26 (8%) dans le nord. Parallèlement il ont procédé aux mêmes analyses sur des bactéries provenant de centres de références anglais: 37 se révélèrent positives. Les germes concernés étaient E. coli et K. Pneumoniae (3 fois plus).
Certes la plupart des souches provenaient de patients ayant reçu des soins les exposant aux infections nosocomiales; mais une inquiétante partie des isolats provenaient de sujets n’ayant pas fréquenté les hôpitaux. Il est redouté que NDM-1 conquière le monde entier; mais tout ce que nous pouvons faire aujourd’hui est de dissuader nos patients voyageurs de fréquenter les centres de soins du sous-continent.

KUMARASAMY K K et al. Emergence of a new antibiotic resistance mechanism in India, Pakistan, and the UK: a molecular, biological, and epidemiological study. Lancet Infect Dis. August 11, 2 - 010. DOI:10.1 - 016/S1473-3099(10)7 - 0143-2

Délire parasitaire

Ou délire parasitaire, délire d’infestation, syndrome d’Ekbom, il s’agit d’une psychose: le patient se croit rongé en permanence par des parasites, le plus souvent cutanés, volontiers contractés lors d’un voyage exotique. On sait mal (pas du tout ') soigner cette affection. A ce jour, de plus, on n’avait aucune donnée épidémiologique (Ndlr). Les auteurs, britanniques, apportent quelques éléments.
Un dermatologue est confronté à ce grave syndrome deux à trois fois tous les cinq ans. L’incidence annuelle est estimée à 20 p 100 000. Avant 50 ans, le sex ratio est de 1:1; après, la femme est atteinte deux fois plus que l’homme.
Les auteurs reconnaissent, sans toutefois le quantifier, le possible caractère «contagieux» du syndrome, au sein d’un couple ou sous un même toit.
La prise en charge par le dermatologue est d’efficacité nulle. Elle revient donc au psychiatre qui… fera de son mieux.

BOWLEY A P et al. Delusional parasitosis: time to call it delusional infestation. Br J Dermatol 2 - 010; 163: 1-2.

Opérations chirurgicales en voyage en Afrique de l’Ouest

Chacun sait qu’il vaut mieux se faire opérer à Paris qu’à Bamako. Mais contraint par l’urgence, un patient peut être amené à entrer dans un bloc opératoire local.
Les auteurs (collectif de cinq nationalités) ont analysé les ressources chirurgicales de 92 pays.

- Un bloc opératoire pour 100 000 habitants en Afrique de l’Ouest (14,3 en Europe de l’Ouest); et seulement un sur trois est équipé du plus simple appareil de monitorage: l’oxymètre de pouls! Les auteurs infèrent que tout le reste des dispositifs de surveillance doit être tout simplement absents.

- Les gants stériles sont une rareté: en Sierra Leone, seuls 20% des centres chirurgicaux disposent de gants stériles.
Etc. Nous vous recommandons la lecture complète de cette étude (référence ci-dessous), ne serait-ce que pour inciter fortement vos patients voyageurs à ne partir qu’avec une solide et efficace assurance assistance internationale (Ndlr).

FUNK L et al. Global operating theatre distribution and pulse oxymetry supply: an estimation from reported data. Lancet 2 - 010 Jun 30. [Epub ahead of print]