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Septembre 2001

Soleil : et si on nous avait menti '

On nous abreuve depuis quelques décennies de messages faisant du soleil un de nos principaux ennemis, ennemi du voyageur exotique en particulier.
Pourtant on sait que l'ensoleillement est un puissant antidépresseur
et que le suicide fait chaque année 12.000 morts en France ! (DGS).
On apprend aujourd'hui d'épidémiologistes anglais (1) que le cancer de la prostate est plus rare et plus tardif chez les sujets ayant fait de nombreux voyages exotiques (OR 0,41), ayant été tôt dans leur vie exposés au soleil (OR 0,18) et ayant fait plus de bronzettes estivales (OR 0,83).
D'un autre côté un rhumatologue israélien (2) a étudié comparativement la masse et les problèmes osseux d'Israéliennes "de base", moyennement religieuses, et ceux de femmes "ultra-orthodoxes". Ces dernières souffrent très significativement plus d'ostéomalacie, d'ostéoporose et divers troubles liés à la carence en vitamine D . Pour l'auteur la cause est claire: déficit d'exposition solaire lié à l'accoutrement traditionnaliste: manches longues, dissimulation cervicale, bas opaques, chapeau et autres camouflages céphaliques.

1. LUSCOMBE C.J. et coll. Exposure to ultraviolet radiation : association with susceptibility and age at presentation with prostate cancer. Lancet 20 - 01; 358: 641-2.
2. WEISMAN Y. Israel Med. Assoc. J. 20 - 01 ; 3 : 419-21.

NDLR. Quand la religion s'associe à l'industrie cosmétologique de la protection solaire, il y a grand péril pour l'humanité. Osons suggérer -comme c'est la vocation de VISA- qu'il en va de l'exposition solaire comme du vin et de bien d'autres choses : elle est nécessaire à la vie, à la bonne vie en bonne santé, et il faut en user sans en abuser.

Paludisme : imprégnation du bétail

La méthode standard de lutte contre le paludisme en Asie est l'imprégnation d'insecticides intra-domiciliaire. Mais les moustiques de la région entretiennent le cycle parasitaire en piquant le bétail : d'où l'idée d'imprégner, non plus seulement les moustiquaires, mais aussi les animaux eux-mêmes !
Six troupeaux pakistanais ont été inclus dans l'étude et randomisés ; les animaux de trois d'entre eux ont été aspergés de deltaméthrine. Le nombre de cas de paludisme chez les humains habitant près des dits troupeaux a chuté de 56% (14-78) pour P. falciparum et de 31% (5-50) pour P. vivax par rapport aux villages aux troupeaux non imprégnés.

Cette méthode, à efficacité égale, a coûté 80% moins cher que l'imprégnation intra-domiciliaire.

ROWLAND M. et coll. Control of malaria in Pakistan by applying deltamethrin insecticide to cattle: a community randomised trial. Lancet 20 - 01; 357: 1837-41.

Larva migrans cutanée : cas groupés

Les auteurs ont profité d'une belle cohorte de cas : 140 cadres d'une société canadienne se sont vu offrir un séjour à la Barbade. Devant une patiente présentant un syndrome de larva migrans typique, le médecin entreprit d'écrire à tous les membres du voyage d'entreprise ; il put ainsi réunir les témoignages de 126 sujets dont 32 étaient manifestement infestés.

Les lésions persistèrent 7 à 49 jours (moyenne : 25,5j). Le fait d'avoir marché pieds nus sur la plage était bien évidemment très fortement associé ; mais le risque statistique maximal était le caractère nocturne de cette déambulation, facteur pour lequel les auteurs ne donnent pas d'explication.

Dans la moitié des cas, le diagnostic porté par le médecin consulté fut erroné, entraînant des thérapeutiques inadaptées : mébendazole, cryothérapie à l'azote liquide et application de dermocorticoïdes.

TREMBLAY A. et coll. Outbreak of cutaneous larva migrans in a group of travellers. Trop. Med. Int. Health 2000; 5: 330-4.

Psychiatrie et voyages aériens

Sur une période de 4 ans, les auteurs ont étudié les patients qui ont dû être maintenus à l'aéroport de Heathrow (RU) puis dûment hospitalisés en institution spécialisée pour raison psychiatrique grave. La fréquence de ces troubles est estimée à 1 pour 1 million de voyageurs (ce qui ferait environ 80 par an pour les Aéroports de Paris). Dans 20% des cas, il s'agissait d'un voyage pathologique.

Psychiatric Bulletin. 20 - 01 ; 25 : 261-4.

Paludisme et tourisme au parc Kruger

Le parc national Kruger (KNP) est un haut lieu touristique du nord-est de l'Afrique du Sud. Il y a toujours eu du paludisme et, en raison de migrations, il y en a sans doute encore plus aujourd'hui. Des auteurs sud-africains souhaitent attirer l'attention de leurs confrères des pays "émetteurs" de touristes sur les points suivants.

Le paludisme étant une maladie vectorielle, il ne faut pas translater le risque des autochtones à celui des touristes. Ces derniers ont en effet une durée de séjour (d'exposition) réduite, logent dans des endroits choisis pour être éloignés des gîtes larvaires, dînent dans des restaurants climatisés et dorment dans des "lodges" avec air conditionné et/ou moustiquaires. Et les touristes utilisent -pas toujours très bien certes- des mesures personnelles de protection (vêtements adaptés éventuellement imprégnés, répulsifs cutanés, insecticides') inaccessibles aux autochtones. De plus, les autorités du parc épandent autour des "lodges" deux fois par an des insecticides et ensemencent régulièrement les points d'eau de Bacillus thurengiensis dans un périmètre de 300m autour des hôtels. Enfin, les touristes européens viennent essentiellement au KNP en dehors des périodes de transmission maximale (septembre à mai).

A tel point que les auteurs s'interrogent sur le rapport bénéfice/risque d'une chimioprophylaxie, en particulier par la méfloquine.

NDLR. Il est effectivement étonnant que le Ministère français de la Santé (Recommandations sanitaires pour les voyageurs 20 - 01, BEH n°28) recommande la méfloquine (Lariam®) pour cette destination. A notre connaissance, l'incidence du paludisme chez les très nombreux touristes français du KNP est nulle, alors même qu'ils suivent fort mal les dites prophylaxies.

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