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Octobre 2011

Scombrotoxisme

« Encore une curiosité pour internistes chauves et binoclards : on zappe ! ». Non, surtout pas ! Lisez la suite (Ndlr).
Les auteurs rapportent un événement spectaculaire survenu sur une base militaire française à Dakar. Prenant leur repas au mess, 71 militaires présentent brutalement (quelques minutes à trois heures) des flushs (85,9%), des céphalées (83,1%), une tachycardie (59,1%) et une diarrhée (47,9%). Après cet événement intense (qui aura sans doute paralysé la Force d’Intervention rapide Ndlr), tous guérirent assez vite sous traitement symptomatique ou anti-histaminique. Tous les malades avaient consommé du thon albacore.

DEMONCHEAUX JP et al. A large outbreak of scombroid fish poisoning associated with eating yellofin tuna (Thunnus albacares) at a military mass catering in Dakar, Senegal; Epidemiol Infect 2 - 011; 1-5 (Epub ahead of print).

Ndlr. Cette publication arrive quasiment au même moment (août 2 - 011) qu’une intoxication scombroïde survient à l’aéroport de Vancouver, Canada. Sept personnes ayant consommé des sandwichs au thon dans un « restaurant » Subway furent admis non pas dans l’avion mais à l’hôpital Richmond (Vancouver Sun). Cette intoxication suit la consommation de poissons mal conservés en chaîne du froid et qui sécrètent de ce fait une quantité parfois considérable d’histamine: thons, maquereaux, bonites, thazards (famille des Scombridae) ; accessoirement certaines autres espèces : sardines, marlin bleu, kahawai, mahi-mahi et saumon d’Australie occidentale. Cette affection est très fréquente à un bas niveau, faisant souvent dire aux patients qu’ils sont allergiques aux poissons voire à l’iode… En tous les cas, elle semble fréquente et son nom un peu barbare mérite d’être gardé en mémoire.

Il n’y a pas que le paludisme !

Après un séjour en zone de transmission palustre, 462 adultes présentant une fièvre ont été admis en urgence (2005-9) au CHU d’Helsinki. Ils ont fait l’objet d’une étude rétrospective.
Tous avaient bénéficié d’une recherche systématique du paludisme.

Les groupes diagnostiques les plus fréquents étaient: diarrhée aiguë (n=126, 27%), maladie systémique (95, 21%) et affection respiratoire  (69, 15%).
Le diagnostic le plus fréquent était une campylobactériose (40, 9%). Hémocultures positives (21, 5%). Paludisme (20, 4%). Huit patients avaient une grippe confirmée. Une sérologie VIH fut pratiquée chez 174 patients (38%) et se révéla positive chez 3% d’entre eux (pourcentage nettement supérieur à celui d’un dépistage de routine dans la population générale finlandaise). La fièvre était d’origine non infectieuse chez 12 patients (3%), sans cause retrouvée chez 116 patients (25%). Deux diagnostics furent portés chez 45 patients (10%).
Furent jugés en risque vital 118 patients (26%), 9 étant admis en réanimation; un décès (septicémie).
Doivent donc être impérativement systématiques en première intention et en urgence : recherche du paludisme, hémocultures et sérologie VIH. Après quoi on aura plus de sérénité pour chercher les multiples autres causes.

SIIKAKMAKI H M et al. Fever in travelers returning from malaria-endemic areas: don't look for malaria only. J Travel Med 2 - 011; 18: 239-44

Hépatite E : voyages / autochtone

Les auteurs ont analysé 17 sérums de patients (italiens) ayant présenté une hépatite E entre 2007 et 2 - 010. Douze étaient dues au génotype 1 et étaient associées à un voyage dans le sous-continent indien. Les cinq autres, dues au génotype 3, étaient autochtones ; les facteurs de risque étaient la consommation de fruits de mer crus, de saucisses de porc, de viande de sanglier.

LAROSA G et al. Hepatitis E virus in Italy : molecular analysis of travel-related and autochtonous cases. J Gen Virol. 2 - 011 Apr 6 (Epub ahead of print)

Ndlr. Le sous-continent indien constitue sans doute le plus grand reservoir de VHE. En Italie, comme sans doute dans beaucoup d’autres régions de la Méditerranée –dont récemment la Corse- la consommation de saucisses de porc (figatelli) non ou insuffisamment cuites doit être évitée. De même celle des fruits de mer crus, chez lesquels du VHA est aussi régulièrement retrouvé dans plusieurs études italiennes.

Voyageur immunodéprimé et infections

Il est couramment admis que le voyageur immunodéprimé (ID) peut contracter des infections plus fréquemment et plus gravement que le voyageur normo-immun (NI). Les auteurs, néerlandais, ont testé cette hypothèse par une étude prospective contrôlée (2003-2 - 010).
Sujets. Voyageurs de courte durée vers un pays en développement. Patients porteurs d’une MICI sous chimiothérapie (n=75) vs un compagnon de voyage non immunodéprimé (n=75). Les données ont été recueillies sur un journal de voyage standardisé.
Une diarrhée est survenue dans le groupe ID à hauteur de 0,76 sujets/mois; avec un nombre de jours symptomatiques de 1,32/mois, contre 0,66 et 1,50 chez les témoins, respectivement (p>0,05). Chez 71 ID, l’incidence était de 1,19 et le nombre de jours symptomatiques de 2,48; chez leurs témoins, de 0,73 et 1,31, respectivement (p>0,05).
En fait les seules différences constatées concernaient la fréquence et la durée des vomissements et des infections cutanées: mais celles-ci étaient déjà constatées avant le voyage.

BAATEN GG et al. Symptoms of infectious diseases in immunocompromised travelers: a prospective study with matched controls. J Travel Med. 2 - 011; 5: 318-326.

Ndlr. Cette étude, de qualité, ne montre aucune propension des immunodéprimés à être plus malades que les sujets sains en voyage de courte durée. Ces résultats ne sont pas transposables aux voyages de longue durée, lors desquels des agents infectieux moins banals peuvent être rencontrés, tout particulièrement des agents opportunistes responsables, par exemple, de tuberculose, cytomégalovirose, histoplasmose, aspergillose, gale etc.