News

Novembre 2011

Les parasites de l’argent sale

L’Egypte est un des pays champion du monde de la turista: jusqu’à un voyageur sur deux dans certaines études (Ndlr).
Les auteurs égyptiens ont étudié un possible carrefour de contamination: les billets et pièces de monnaie et les marchands de denrées alimentaires. Ils ont donc procédé à des achats, récupérant ainsi 103 billets de banque et 99 pièces de monnaie, lesquels furent soumis à un examen parasitologique. Celui-ci se révéla positif pour 60,2% des billets et 56,6% pour les pièces, qui présentaient la preuve d’une infestation par un ou plusieurs des parasites suivants: Microsporidia et Cryptosporidium en tête, puis les helminthes Trichuris trichuria (trichocéphale) et Enterobius vermicularis (oxyure).
Pas de différence entre les billets et les pièces. Pour les billets, la contamination est plus élevée pour les petites coupures et lorsqu’ils sont en mauvais état, déchirés. Peut-être l’argent rendu par les bouchers serait-il le plus parasité (77,8%), mais le nombre de sites inclus n’est pas suffisant pour conclure.

HASSAN A et al. Currency as a potential environmental vehicle for transmitting parasites among food-related workers in Alexandria, Egypt. Trans Roy Soc Trop Med Hyg 2 - 011; 105: 519-524.

MICI et voyages

Les patients atteints d’une maladie inflammatoire chronique intestinale encourent-ils un risque aggravé en voyageant ' C’est la question, très peu documentée, à laquelle les auteurs ont tenté de répondre par une étude rétrospective.
Ont été étudiées les conséquences de 1099 voyages effectués par 222 patients porteurs de MICI et 224 témoins sains. Interrogatoire de chaque sujet, questionnaire standardisé.
Les sujets rapportèrent 142 épisodes pathologiques, dont 92% intestinaux; ils concernèrent 79 voyages sur 523 effectués par des sujets MICI (15,1%) et 63/576 par les témoins (10,9%): OR 1,44; CI95 1, - 01-2,0: p=0,04. Cette différence était constatée pour les voyages dans des pays industrialisés. Pour les voyages dans des pays en développement, cette différence disparaissait totalement (34/200 vs 52/243, p=0,24). Plus surprenant encore: en voyage en zone tropicale, les témoins avaient plus de chance de tomber malade que les porteurs de MICI (43/135 vs 23/97, p=0,18). Et chez les malades, le fait d’être ou non sous drogues immunomodulatrices n’avait aucune influence.

BEN-HORIN S et al. Travel associated health risks for patients with inflammatory bowel disease. Clin Gastroenterol Hepatol 2 - 011 Nov1 (Epub ahead of print).

Ndlr. Résultats surprenants: peut-être les patients MICI adoptent-ils, conscients de la surgravité potentielle d’évènements infectieux intestinaux, des mesures préventives plus drastiques que les sujets sains lorsqu’ils se rendent en zone tropicale. Autre point intéressant, concernant l’absence d’aggravation du risque lié à la chimiothérapie: cette étude confirme la précédente –qui était sans doute princeps- que nous avions résumée dans un artice précédent (BAATEN GG et al).

 

Pas trop d’intimité avec les éléphants !

Le Tennessee Department of Health découvre 5 cas groupés de positivation de l’IDR à la tuberculine (test diagnostique de tuberculose privilégié aux Etats-Unis, pays qui ne vaccine pas avec le BCG Ndlr): les patients travaillaient tous dans un refuge pour éléphants. Les médecins isolèrent peu après Mycobacterium tuberculosis chez tous les patients. Tous étaient soigneurs ou administratifs travaillant dans ou près de la grange des pachydermes; aucun cas ne fut détecté chez les personnels travaillant plus loin dans le refuge (RR 20,3, CI95 2,8-146,7).
L’étude vétérinaire montra que 12% des éléphants asiatiques étaient porteurs de la bactérie, contre seulement 2% des éléphants africains.

MURPHREE R et al. Elephant-to-human transmission of tuberculosis, 2009. EID 2 - 011; 17: 366-9.

Ndlr. Conclusions pour les voyageurs. Certains tours en Asie (du Sud-Est, du sous-continent indien) proposent des séjours lors desquels on s’amuse –on vit parfois- avec les éléphants et leurs cornacs, probablement eux-aussi tuberculeux; le plus grand jeu étant de se faire arroser par les pachydermes.

Surveillance EuroTravNet

EuroTravNet rassemble les données des patients voyageurs ayant eu recours à un réseau de 12 sites à travers l’Europe, un des buts étant de surveiller des maladies émergentes dont l’importation par les voyageurs pourrait menacer l’Europe.
En 2009, 6.392 dossiers médicaux furent analysés (6957 en 2008). Par rapport à 2008, on constate une augmentation des infections respiratoires, en particulier A(H1N1), syndromes grippaux au sens large et tuberculose. Augmentation très significative des cas de dengue (p=0,002): celle-ci doit être particulièrement prise au sérieux compte tenu de la présence du vecteur dans de nombreux pays d’Europe. Augmentation non significative des cas de chikungunya et de paludisme. Un décès par leishmaniose viscérale, un autre par pneumonie à Acinetobacter sp. Le nombre des décès est probablement sous-estimé. Une augmentation globale de l’importation d’infections à risque de propagation est constatée de 2008 à 2009

ODOLINI S et al. Travel-related imported infections in Europe, EuroTravNet 2009. Clin Microbiol Infect 2 - 011 Jun 10 (Epub ahead of print).

Vaccin typhoïde des voyageurs: modifications CDC

Les CDC ont procédé à une analyse mondiale des destinations à risque de fièvre typhoïde (n=238), sur les bases suivantes :
- origines et nombre de cas rapportés à l’OMS
- nombre de cas importés aux Etats-Unis par des voyageurs
Par rapport aux recommandations vaccinales antérieures des CDC, les nouvelles demeurent inchangées pour 212 destinations (89%). En revanche la recommandation vaccinale disparaît pour 26 pays: Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Chypre, Croatie, Estonie, Géorgie, Hongrie, Israël, Kosovo, Lettonie, Lituanie, Macédoine, Moldavie, Monténégro, Pologne, Roumanie, Russie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie, Ukraine.
Ces recommandations paraissent aux auteurs cohérentes puisque d’un côté, le nombre de cas rapportés et importés a diminué, et que d’un autre côté, l’état sanitaire des systèmes de production et d’adduction d’eau potable s’est considérablement amélioré dans ces pays.

JOHNSON KJ et al. From the CDC : new country-specific recommendations for pre-travel typhoid vaccination. J Travel Med 2 - 011; 18: 430-3.