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Mars 2012

Dengue et Aedes albopictus

  La dengue, l’arbovirose la plus répandue au monde, affecte plusieurs millions de personnes, émerge dans de nouveaux territoires et ré-émerge dans de nombreuses zones dont elle avait disparu depuis très longtemps. Par exemple, il y a peu, dans des zones urbaines du sud de la Chine. Le virus (sérotype 1) fut introduit par un voyageur en provenance d’Asie du Sud-Est et fut transmis de manière massive par le «moustique tigre» Aedes albopictus, pourtant beaucoup moins compétent, qualitativement, que l’habituel Aedes aegypti. Même là où A. aegypti est absent, à Hawaï par exemple, A. albopictus assure tout seul la transmission. A. albopictus est un redoutable conquérant de nouveaux territoires, y compris très lointains, survivant et se développant sur des navires comportant des gîtes larvaires (pneus en particulier); et le commerce international maritime ne cessant de se développer, le moustique tigre atteint des zones tempérées auxquelles il s’adapte très bien (d’où l’épidémie de chikungunya en Italie du nord en 2007).

REZZA G et al. Aedes albopictus and the reemergence of dengue. BMC Public Health 2 - 012 ; 24 (Epub ahead of print).

NDLR. Rappelons que A. albopictus est présent dans les départements français suivants: Alpes de Haute Provence, Alpes Maritimes, Bouches du Rhône, Corse du Sud, Haute Corse et Var.

Dengue et maladies dysimmunitaires

  L’arrivée de la dengue dans des territoires où l’on connaît, identifie et soigne des maladies auto-immunes va sans doute changer beaucoup de choses dans leurs présentations, leurs diagnostics et peut-être leurs traitements.
(1) Une femme de 25 ans contracte une dengue, jugée sévère. Hospitalisée, on lui découvre protéinurie, épanchement pleural droit, ascite et péricardite; C3 bas, anticorps antinucléaires et cryoglobulinémie. Dengue facteur déclenchant d’une maladie de système ou manifestations systémiques d’une nouvelle forme de dengue '
(2) Une femme de 22 ans présente depuis 10 jours fièvre élevée, rash cutané, dyspnée, douleurs rétro-orbitaires, abdominales, articulaires et musculaires. La sérologie de la dengue est positive. Après une phase d’accalmie, elle présente un mois plus tard fièvre, arthralgies, rash et anasarque. Complément bas, Ac anti-nucléaires et anti-ADNds positifs. Glomérulonéphrite proliférative de grade IV. Le diagnostic est celui de lupus érythémateux disséminé. La patiente répondra correctement aux corticoïdes et immunosuppresseurs. Ce cas semble être le premier mondial.

(1) JARDIM DL et al. Autoimmune features caused by dengue fever: a case report. Braz J Infect Dis 2 - 012 ; 16 : 92-5. (2) RAJADHYAKSHA A et al. Dengue fever evolving into systemic lupus erythematosus and lupus nephritis: a case report. Lupus 2 - 012 Feb 21 (Epub ahead of print).

La thrombopénie au retour de voyage

  Une thrombopénie est fréquemment constatée en consultation de retour. Les auteurs ont voulu déterminer ce qu’elle signifiait en pratique. Ils ont étudié les 19.473 dossiers de patients (1999-2009) ayant consulté, à leur retour, au centre spécialisé de l’hôpital universitaire de Munich. Parmi ceux-ci, une thrombopénie était présente chez 732 (3,8%) voyageurs: il ont été comparés avec les 18.741 autres, au compte des plaquettes normal.
  La thrombopénie est significativement plus fréquente chez les patients impaludés (63%), infectés par le VIH (48%), la dengue (47%), une mononucléose infectieuse (23%), une typhoïde ou paratyphoïde (14%), une rickettsiose (12%).
  Paludisme et dengue représentaient 25% des cas de thrombopénie inférieure à 140 000/µl et 75% des cas de thrombopénie sévère, inférieure à 30 000/µl. Les destinations les plus fréquentes des thrombopéniques étaient l’Asie (42%), l’Afrique (33%), l’Amérique Latine (14%); l’Asie du Sud-Est (dengue) et l’Afrique sub-saharienne (paludisme) constituaient le risque relatif le plus élevé.

HERBINGER KH et al. Comparative study on infection-induced thrombocytopenia among returned travellers. Infection 2 - 012 Feb 17 (Epub ahead of print).

Rubéole et voyages aériens

  La rubéole a été éliminée de la région Amériques. Mais depuis 2005, une dizaine de cas annuels sont rapportés aux Etats-Unis, 30% étant importés ou liés à un contact avec un cas importé. La méfiance est grande. Les CDC ont mené un très lourd travail pour savoir si la rubéole était transmise lors d’un voyage aérien effectué avec un sujet malade en cabine.
  Ont été identifiés 250 voyageurs sains exposés; 215 (86%) furent tracés et les informations médicales les concernant ont été recueillies selon le protocole CDC habituel. Aucun ne contracta la rubéole.
  Les auteurs concluent que la rubéole n’est pas transmissible dans les conditions normales d’un vol tant que, toutefois, la couverture vaccinale forte des Américains persistera. Et qu’il est inutile de procéder au traçage et à la notification des voyageurs contacts.

KIM C et al. Rubella contact tracing associated with air travel. Travel Med Infect Dis 2 - 012; 10: 48-51.

NDLR; La rubéole se situe donc à l’opposé de la rougeole, la maladie éruptive la plus contagieuse et qui se transmet facilement dans un aéronef. La couverture vaccinale ROR en France étant déficiente, cette étude doit être prise avec précaution pour nos voyageurs –que nous devons par ailleurs convaincre d’être dûment vaccinés contre les trois maladies.

MICI et voyages : une nouvelle étude

  Chez 277 patients hollandais atteints de maladie de Crohn (n=172) ou de recto-colite hémorragique (105), les auteurs ont mené une enquête rétrospective visant à quantifier les évènements pathologiques survenus au cours des derniers voyages, sur une période de 5 ans.
  La majorité des patients (62%) avaient limité leur choix de destination en raison de leur maladie ; 43% avaient voyagé dans un PVD; 46% avaient consulté préalablement; 48% étaient partis avec une antibiothérapie présomptive; 23% n’étaient pas protégés contre l’hépatite A.
  Au cours du voyage, ils furent 32% à rapporter un épisode de diarrhée, et 28% l’attribuèrent à une infection intestinale. Quinze (5%) consultèrent à l’étranger, 5 furent hospitalisés. Pendant les deux mois après le retour, 19% rapportèrent un épisode de diarrhée, et 24% d’entre eux en attribuèrent la responsabilité au voyage (OR 1,1, 96%CI 0,7-1,8) ; pour les évènements lors des voyages, OR 1,5 (05%CI 0,9-2,6).

OSOONAWAJA D et al. Pretravel preparation and travel-related morbidity in patients with inflammatory bowel disease. Inflamm Bowel Dis 2 - 012, jan 31 (Epub ahead of print).

NDLR. Cette dernière étude va dans le sens de la majorité des autres: le voyage dans un pays de basse hygiène serait (un peu) délétère pour les patients atteints de Crohn ou de RCH. Certaines autres sembleraient indiquer qu’un tel voyage est neutre. Donc, en pratique à ce jour, rester cool et ne pas affoler nos patients MICI voyageurs.