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Mai 2013

L’épouvantable Candiru



Nous avons tous entendu parler de ce petit poisson d’Amazonie qui se jette sur nos orifices naturels pour nous dévorer de l’intérieur, accroché par des piquants qui le rendent inexpugnable. Les auteurs ont écumé le web: « remonte le jet urinaire et s’infiltre dans l’urètre; s’installe dans la vessie où ses millions d’œufs dévorent la muqueuse; tue chaque année des centaines de personnes dans d’atroces souffrances; parfois l’amputation pénienne est nécessaire; n’approchez pas les cours d’eau amazoniens !..». Ils ont ensuite colligé la littérature depuis l’arrivée des Européens (1794): abondante, épouvantable, surréaliste: d’autant plus que les autochtones n’étaient pas au courant de ce fléau ! Pas plus que les grands explorateurs sérieux comme Humboldt, Bates, Wallace… Et les ichtyologues font remarquer que le petit poisson ne pourrait survivre dans une vessie faute d’oxygène.
Mais rien n’y fait: les auteurs ont recensé des centaines de sites et de livres (Lonely Planet par exemple) qui mettent en garde les voyageurs contre ce petit monstre et proposent des traitements préventifs (ne jamais uriner dans un cours d’eau amazonien) et curatifs (calcium, vitamine C à haute dose…) ! Même les très sérieux CDC ont une rubrique «Candiru Infestation» pour déclaration des cas : laquelle est restée vide depuis sa création !
Conclusion des auteurs résumée par la rédaction: « c’est du bidon: circulez, il n’y a rien à voir ! ».

IRMGARD L et al. Candiru – A little fish with bad habits : need travel health professionals worry ' A review. J Travel Med. 2 - 013; 20: 119-24.

Chasse à l’ascaris

Ascaris lumbricoides est le ver rond le plus fréquent dans l’espèce humaine, pouvant infester autochtones et voyageurs dans les dits pays. Il peut entraîner -certes rarement- de graves complications, occlusion intestinale en particulier. Et le diagnostic d’ascaridiose n’est pas toujours facile.
Les auteurs -brésiliens- rapportent le cas d’un patient présentant une obstruction iléale chez qui furent négatifs la recherche des œufs dans les selles ainsi que la laparotomie exploratrice. Il fut alors décidé de lui faire transiter une capsule vidéo-endoscopique. Celle-ci se retrouva face à une masse de vers bloquant l’iléon. Le traitement anti-helminthique guérit le patient.

YAMASHITA E T et al. Diagnosis of Ascaris lumbricoides infection using capsule endoscopie. World J Gastrointest Endosc 2 - 013 ; 5 : 189-90.

Hépatite A Egypte – Europe du Nord : flambée

L’alerte a été donnée par le système de surveillance norvégien. Habituellement, il ne rapporte qu’un cas annuel d’hépatite A importée par des touristes ayant visité l’Egypte. Mais depuis janvier 2 - 013, ce sont six cas qui ont été signalés. Quatre avaient contracté un virus de même génotype. L’enquête européenne permit d’identifier six cas hollandais et cinq anglais liés à un virus à ARN identique. Suède, Allemagne et Royaume Uni rapportent une augmentation globale des cas d’hépatite A en provenance d’Egypte en 2 - 013. L’épicentre de la contamination semble être la zone très touristique de la Mer Rouge: Charm el-Cheikh, Hurghada et Marsa Alam.

MACDONALD A et al. Increase in hepatitis A in tourists from Denmark, England, Germany, the Netherlands, Norway and Sweden returning from Egypt, November 2 - 012 to March 2 - 013. Eurosurveillance, 25 April 2 - 013; 18(17).


NDLR. Cette alerte fait beaucoup de bruit en Europe du Nord, d’autant que la Scandinavie est déjà affligée par une épidémie d’hépatite A liée à des fraises surgelées en provenance de Chine. Rappelons aux Scandinaves ainsi qu’à nos touristes hexagonaux que OMS, CDC, ECDC etc recommandent fortement la vaccination hépatite A pour tout voyage hors de la zone de sécurité alimentaire: Europe de l’Ouest, Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande et Japon. L’Egypte, destination proche et banalisée, est à très haut risque d’hépatite A.

Skippers et protection solaire

Les skippers professionnels exerçant en zone tropicale sont à haut risque de mélanome. Les auteurs ont mené une enquête avec questionnaire anonyme standardisé auprès de 52 d’entre eux en Martinique, pendant les six mois les plus ensoleillés (2 - 010-11), à l’occasion d’une consultation médicale réglementaire des Affaires Maritimes. Les types de peau étaient: I et II (10%), III (46%), IV (31%), V et VI (13%).
Trente neuf skippers (75%) rapportaient une brûlure solaire simple au cours des six derniers mois; trois (6%) avaient souffert d’une brûlure sévère (nécessitant des antalgiques et/ou une consultation médicale).
Cinquante quatre (64%) déclaraient se protéger par le port de vêtements recouvrants pendant les 9/10èmes du jour. Seulement 17% utilisaient régulièrement des crèmes de protection solaire pendant ce même temps.
Les auteurs constatèrent que, bien que sous-protégés eux-mêmes, les skippers incitaient fortement leurs passagers à adopter des attitudes préventives maximales.

RODRIGUEZ O et al. Professional skippers’ sun-protection knowledge and behavior in the Tropics. J Travel Med 2 - 013; 20: 125-7.


Enfants voyageurs drépanocytaires

Les auteurs (Hôpital Robert Debré) ont inclus 39 enfants drépanocytaires suivis par cette institution et devant effectuer un voyage hors de France. Ils ont recensé les évènements cliniques, les consultations et hospitalisations survenus lors du voyage. Avant le départ les enfants et leurs parents bénéficièrent d’une consultation de prévention des maladies liées au voyage.
La moyenne d’âge des enfants était de 7,8 ans (4,3-11,7).
Douze enfants (30%) durent consulter un médecin sur place. Treize (33%) furent hospitalisés. Vingt trois (59%) consultèrent un médecin, sur place et/ou après leur retour sur une période de trois mois.
Les auteurs ont comparé le nombre d’hospitalisations dans les trois mois avant le départ et dans les trois mois suivant le retour ; ce dernier est significativement plus élevé : après le retour : n=12, 30,7% ; avant le départ : n=4, 10,2% (p=0, - 01).
Un des enfants fut hospitalisé pour une ostéoarthrite multifocale entrant dans le cadre d’une septicémie à Salmonella enterica. Compte tenu de la gravité de cette affection, les auteurs recommandent le traitement antibiotique immédiat de toute diarrhée du voyageur chez les enfants drépanocytaires.

SOMMET J et al. Morbidity among child travellers with sickle-cell disease visiting tropical areas: an observational study in a French tertiary care centre. Arch Dis Child 2 - 013 May 9 (Epub ahead of print).