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Juin 2011

Appendicite aiguë et voyages

Eloigné de tout centre chirurgical de qualité minimale, l’appendicite aiguë peut devenir un drame. Les infectiologues se doutent depuis longtemps que, comme toute infection, les antibiotiques adaptés peuvent refroidir (les plus pessimistes) ou guérir (les plus optimistes) cette maladie jusqu’alors totalement chirurgicale (Ndlr).
Les auteurs, chirurgiens et français (Hôp A. Béclère), ont mené un essai randomisé multicentrique (n=6) chez des patients adultes (18-68 ans) atteints d’appendicite aiguë non compliquée avérée par scanner. Les patients (n=243) reçurent soit amoxicilline clavulanate (3g/j, 8-15j: n=123) ou furent opérés en urgence (n=120); après guérison/rémission de 4 patients, ils furent 120 dans le groupe «antibiotique» et 119 dans le groupe «chirurgical».
Le but de l’étude était de quantifier le devenir à 30 jours de ce patient (péritonite). La conclusion des auteurs est la suivante:
« le devenir des patients traités par antibiotique n’est pas inférieur à celui de ceux appendicectomisés ».

VONS C et al. Amoxicillin plus clavulanic acid versus appendicectomy for treatment of acute uncomplicated appendicitis: an open-label, non-inferiority, randomised controlled trial. Lancet 2 - 011; 377: 1573-9

Ndlr. Pour la médecine des voyages, cette étude, de qualité, apporte un élément pragmatique très important: il est légitime de traiter par amoxicilline-clavulanate une suspicion d’appendicite aiguë de façon à prendre le temps nécessaire pour transférer le patient dans un centre médico-chirurgical de qualité.

Diarrhée du voyageur: comité d’experts ISTM

A la question « les nourritures à haut risque peuvent-elles être identifiées ' », la conférence de consensus de l’International Society of Travel Medicine a répondu ce qui suit.
L’alimentation est la source de la plupart des cas de diarrhée du voyageur (DV), notion fondée sur des preuves extrêmement fortes.
La consommation d’huîtres et de poissons crus, dans beaucoup de régions –particulièrement en Asie du Sud-Est- est associée à un risque d’infection bactérienne (V cholerae, V parahemolyticus).
Bien que beaucoup moins étudiée, la consommation de viandes crues paraît dangereuse. Bien que non prouvée (non evidence-based), il semble manifeste et raisonnable que :
- les viandes servies chaudes et fumantes, ayant bon aspect, bonne odeur et bon goût, ayant atteint à cœur une température de plus de 60°C sont dénuées de danger
- les fruits et légumes pelés ou très bien lavés et préparés par le voyageur lui-même et dans sa résidence sont considérés a priori comme sûrs
- tout aliment cru ou cuit qui a stagné à température ambiante est très vraisemblablement dangereux
- les boissons en bouteilles nécessitant le bris d’un sceau sont a priori sûres. Mais les auteurs ajoutent « surtout si la boisson est carbonatée, entraînant un bruit de dépressurisation caractéristique ». Ceci pour insister sur la pratique de plus en plus fréquente de petites bandes organisées qui utilisent des appareils de scellage de bouteilles d’eaux impropres, fort du concept répandu dans le grand public qui veut que « toute bouteille décapsulée devant vous est sûre » (Ndlr).
- L’eau du robinet, dans tous les pays en développement, doit être considérée  comme suspecte, même dans les hôtels de luxe qui annoncent filtration adéquate et chloration.

DUPONT H L et al. Expert Review of the Evidence Base for Prevention of Travelers’ Diarrhea. J Travel Med 2 - 011; 16: 149-160.

Turista népalaise : un profil particulier

La diarrhée est l’affection la plus commune chez les voyageurs et expatriés au Népal. Les médecins népalais sont très mobilisés, depuis des années, contre cette affection, soucieux d’entretenir, en grande transparence, l’importante recette touristique de ce pays (Ndlr). Depuis 13 ans ils surveillent l’épidémiologie de la diarrhée du voyageur. Ils ont fait les constatations suivantes à partir d’études cas-témoins (381 vs 176) menées auprès de touristes et d’expatriés.
Au moins un germe pathogène était identifié chez 263 des 381 (69%) des cas (47 sur 176, 27%, chez les témoins). Les germes détectés étaient : Campylobacter (17%), E. coli enterotoxinogène (15%), Shigella (13%), Giardia (11%), Cyclospora (8%), avec une nette prédominance pendant la mousson.
Mais 71% des Campylobacter étaient résistants à la ciprofloxacine, et 80% étaient sensibles soit à la ciprofloxacine soit à l’azithromycine, aucun n’étant résistant aux deux antibiotiques. Des constatations similaires furent faites pour ETEC et Shigella.
Les auteurs recommandent de traiter de manière empirique par l’un des deux antibiotiques, et de lui substituer l’autre en cas d’échec. Ce qui ne va bien compliquer la pratique des confrères, allonger la durée de consultation, fussent-ils spécialistes (Ndlr).

PANDEY P et al. Travelers' Diarrhea in Nepal: An Update on the Pathogens and Antibiotic Resistance. J Travel Med. 2 - 011; 18: 102-8.

Etat de santé des voyageurs d’affaires

Les auteurs (Université de Columbia) ont étudié les dossiers médicaux de 13.000 employés, hommes et femmes, qui voyageaient de une à six nuits par mois (80%) à plus de 20 nuits par mois (1%).
Ces derniers (grands voyageurs) présentent, par rapport aux «petits voyageurs» (une nuit par mois) les troubles suivants :
- un indice de masse corporelle de 27,5 vs 26,1 kg/m2
- une TA diastolique moyenne de 76,2 mmHg vs 74,6
- un taux moyen de HDL-cholestérol de 53,3 mg/dl vs 56,1.
Par ailleurs ils reconnaissent percevoir leur état de santé comme plus précaire (à hauteur de +60%) que leurs collègues «petits voyageurs».

RUNDLE AG et al. Business travel and self rated health, obesity and cardiovascular disease risk factors. J Occup Environm Med. 2 - 011 ; 53 : 358-63.

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