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Juin 2007

Fièvre et voyages

Nombreuses sont les études à petite cohorte sur ce thème : ce n'est pas le cas de celle-ci : 24.920 patients au retour d'un voyage tropical consultant dans des centres spécialisés participant au réseau GeoSentinel de 1997 à 2006.
La principale raison de ce recours médical est l'existence d'une fièvre, pour 6.957 (28%) d'entre eux. Le syndrome fébrile entraîna une hospitalisation dans 26% des cas (contre 3% chez les patients non fébriles). Le paludisme est la première étiologie (21% des patients fébriles).
Le groupe principal des patients fébriles est représenté par des sujets ayant rendu visite à des parents ou amis en Afrique Noire, Asie du Sud et Amérique Latine.

WILSON ME et coll. Fever in returned travellers : results from the GeoSentinel Surveillance Network. Clin Infect Dis 2007; 44: 1560-8.

Polynésie, ciguatera

La Polynésie française est un haut lieu de transmission de cette intoxication par la chair de poissons coralliens, néanmoins rarement étudiée. Les auteurs l'on quantifiée sur une période de 10 ans.
Ils ont ainsi recensé 7.842 cas, survenus principalement chez des adultes (86,4% > 15 ans) et très majoritairement chez des hommes (sex ratio 1,89). Incidence : 360 p. 100.000 hab/an, ce qui constitue un réel problème de santé publique. L'archipel des Marquises est le plus touché, avec une incidence annuelle de 2510/100.000. La ciguatera est plus fréquente pendant les mois chauds (sept-mars).
Plus de 80 espèces de poissons contaminants sont identifiés.
Diarrhée et/ou vomissements sont quasi constants. Le tableau est le plus souvent dominé par des vertiges, des paresthésies, des troubles thermoalgiques, un prurit ; hypotension, bradycardie, dysautonomie sont généralement modérés, mais entraînent un tableau grave dans 13% des cas.

CHATEAU-DEGAS ML et coll. Temporal trends and epidemiological aspects of ciguatera in French Polynesia : a 10-year analysis. Trop Med Int Health 2007; 12: 485-92.

Pour en savoir plus voir aussi la page: Ciguatera

Polynésie, leptospirose

Autre problème majeur de santé publique de ce TOM, également mal quantifié. Il faut dire que le diagnostic n'est pas aisé dans ce territoire affecté par la dengue dont le tableau et la fréquence peuvent masquer le diagnostic de leptospirose ; et le diagnostic biologique n'est pas simple.
Les auteurs ont réalisé une étude séro-épidémiologique prospective aux Iles sous le Vent et aux Marquises (2004-5). La présence d'ADN sérique ou d'une séro-conversion permet d'établir une incidence annuelle de 1,7 p 1.000 habitants. L'habituelle prééminence masculine est retrouvée (3 cas sur 4) ; l'âge moyen est jeune (30,5 ans) ; la transmission est permanente avec un pic pendant la saison des pluies. Le sérogroupe icterohaemorragiae, le plus grave, mettant en cause le rat, est le plus fréquent (43%).

COUDERT C et coll. La leptospirose humaine en Polynésie française : aspects épidémiologiques, cliniques et bactériologiques. Med Trop 2007 ; 62 : 137-40.

NDLR. On parle peu de cette maladie aux voyageurs. On leur dit certes de ne pas se baigner en eau douce stagnante. La plupart respecteront cette règle sauf ceux qui participent à des raids, à des compétitions sportives : on se souvient des dizaines de cas lors de raids tropicaux portant des noms de cigarettes. Et la vaccination ne fait pas actuellement, dans les m'urs, partie de la « gamme voyage ».
Pour en savoir plus voir la page : Leptospirose

Bilharziose toujours sous-diagnostiquée

Depuis plusieurs années, de nombreuses publications montrent que beaucoup plus de voyageurs que l'on croit contractent une bilharziose, et dont le diagnostic n'est pas fait. Très bel exemple chez des militaires engagés dans les opérations de maintien de la paix en Côte d'Ivoire.
Deux soldats, de retour de Côte d'Ivoire, furent admis à l'hôpital militaire de Marseille en octobre 2006 : ils présentaient fièvre, dyspnée et urticaire sévère. Enquêtant sur les autres membres du peloton (n=9), ils découvrirent que 8 étaient malades : un seul sur 11 se déclarait donc en bonne santé ! Les huit soldats avaient une hyperséosinophilie ; le diagnostic de bilharziose à S. mansoni fut porté (sérologie et/ou examen parasitologique des selles et/ou biopsie de muqueuse rectale) chez sept d'entre eux. Tous guérirent bien sûr après traitement par praziquantel.

ROMAND O et coll. Invasive schistosomiasis outbreak in a military platoon coming back from Cote d'Ivoire. 10th Conference of the International Society or Travel Medicine, May 20-24, 2007, Vancouver, Canada.

NDLR. Cette communication démontre bien que, s'il n'y avait pas eu d'enquête active à partir des cas index, tout ou partie du peloton n'aurait pas bénéficié du diagnostic : en quelques jours ou semaines, l'infestation serait devenue cliniquement muette, jusqu'au possible réveil, sur un mode chronique des complications hépatiques.
Pour en savoir plus voir la page : Bilharziose (ou schistosomiase) urinaire