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Janvier 2011

 

Humanitaires : connaissance des risques sanitaires


 Les auteurs (IP Paris) ont fait remplir un questionnaire à 249 personnels d’ONG et à 304 voyageurs exotiques non impliqués dans des activités humanitaires. L’âge moyen (33,7 vs 34,7) et le sexe ratio M/F (1,16 vs 1,29) étaient comparables. La destination (Afrique) était plus fréquente et la durée de séjour plus longue (75% vs 15% > 1 mois) chez les humanitaires.
Les bonnes réponses sur le mode de transmission des maladies étaient plus fréquentes chez ces derniers : encéphalite japonaise 31 vs 9%, fièvre jaune 31 vs 17%, hépatite A 41 vs 40%, dengue 70 vs 54%, paludisme 96 vs 94%. En revanche il n’y avait aucune différence pour les moyens de prévention du paludisme, de la diarrhée du voyageur, des symptômes nécessitant une consultation. Pire, dans le groupe humanitaire, les personnels de santé ne répondaient mieux que les personnels non médicaux qu’à hauteur de 23%.

GOESCH J N et al. Comparison of knowledge on travel related health risks and their prevention among humanitarian aid workers and other travellers consulting at the Institut Pasteur travel clinic in Paris, France. Travel Med Infect Dis 2 - 010; 6: 364-72.

NDLR. La bonne volonté, l’envie d’être utile, la sympathie, l’empathie… peuvent-elles remplacer la connaissance et donc la technicité et donc l’efficacité et l’innocuité ' Ah les braves gens ! Pas grave qu’on les houspille : ils ne sont certainement pas abonnés à VISA : sinon ils en sauraient plus.

Le monde infectieux à l’envers

Les Nord-Américains, qui se croient volontiers dans un paradis hygiénique, ont toujours une appréhension infectieuse lorsqu’ils voyagent à l’étranger, y compris en Europe de l’Ouest. Voici une histoire édifiante (Ndlr).
Le 12 novembre 2008, l’InVS est informé par son homologue américain CDC de la survenue de cas de giardiase dans un groupe de leurs ressortissants ayant effectué une croisière fluviale en Languedoc-Roussillon. Du 2 au 9 octobre 2008, 19 cas de giardiase ont été recensés parmi les 27 passagers et membres d’équipage (taux d’attaque : 70%).
Les investigations orientèrent vers une contamination par baignade dans le jacuzzi d’un des navires. Mais « l’hypothèse la plus envisageable » émise par l’InVS est la suivante : les cinq premiers cas venaient du Wisconsin, l’un des trois Etats américains les plus touchés par la giardiase !

NDLR. Ce seraient donc eux qui auraient contaminé les autres touristes et les personnels d’équipage du pays visité ! Un cas d’école pour lequel ces derniers auraient dû intenter une class action devant les autorités judiciaires de l’Etat du Wisconsin.

VIRIOT D et al. Cas groupés de giardiose lors d’une croisière fluviale en Languedoc-Roussillon, France, septembre-octobre 2008. BEH 2 - 010 ; 48.

 

Hépatite B et voyages: perception du risque

Des voyageurs internationaux de 4 pays européens (Espagne, Pays-Bas, Tchéquie, Suède) ont répondu à une enquête internet concernant les risques, la prévention et les conséquences de l’infection par le virus de l’hépatite B lors de voyages.
Parmi les 4203 sujets ayant répondu en totalité au questionnaire :

- la majorité (62,3%) ignoraient tout des zones de modérée ou de forte endémicité de la maladie
- 20,1% étaient partiellement ou totalement ignorant des modes de transmission du VHB ; parmi ceux-ci, les voyageurs âgés de 18 à 35 ans avaient eu une ou plusieurs conduites à risque en voyage, plus que les sujets d’âge supérieur (p<0, - 01)
- les trois quarts (74,9%) pensaient être plutôt ou tout à fait au courant des risques : mais en fait ils ne furent que 11,8% à répondre correctement à plus des 3 questions sur 6 posées sur ce sujet
- seulement 39,3% des sujets qui connaissaient leur statut vaccinal en général avaient effectivement reçu des doses protectrices.

HERBINGER KH et al. Online survey : knowledge about risks, prevention and consequences of infections with HBV among travellers from four European countries. Curr Med Res Opin.
2 - 011 Jan 3 (Epub ahead of print).

NDLR. Bien que cette étude soit de méthodologie, disons un peu légère, elle confirme que le voyage dans une zone que nous considérons comme à risque ne constitue pas une occasion vaccinale. L’OMS semble donc avoir eu raison d’avoir voulu édicter la vaccination HB comme « universelle » et de ne pas attendre que les voyageurs vers des zones à haut transmission prennent conscience de leur risque aggravé.

Tuberculose et transports terrestres

Les auteurs ont colligé toutes les études publiées sur la transmission de la tuberculose chez des voyageurs ayant emprunté trains ou bus. Soit une étude rétrospective de cohorte et onze investigations de cas.
Résultats. Une investigation atteste de la transmission chez des voyageurs ferroviaires, une autre chez des étudiants ayant effectué un voyage de 6 heures en autocar. Neuf autres rapportent des contamination dans des bus et mini-vans scolaires. Dans huit des investigations la preuve de la contamination tuberculose fut apportée (de 8,7 à 55,0%). Dans six d’entre elles, la tuberculose ainsi contractée était active (1-24 cas).
Même si le risque n’est pas précisément quantifié, la présente étude affirme son existence lors de transports collectifs terrestres routiers et ferrés. La règle répandue de ne considérer à risque de contamination que les contacts de plus de 8 heures pourrait également être à revoir.

EDELSON P J et al. TB transmission on public transportation: a review of published studies and recommendations for contact tracing. Travel Med Infect Dis 2 - 010 xx, 1-5.

NDLR. Cette publication nord-américaine (Etats-Unis et Canada) ne concernait donc pas les déplacements en train/bus dans des pays où la tuberculose y est plus fréquente, comme la plupart des pays en développement. Pays où, en toute logique, la contamination doit être beaucoup plus fréquente pour les voyageurs exotiques.