News

Février 2009

Antipaludiques et humeur

Il a souvent été dit que certains antipaludiques modifiaient l'humeur, parfois gravement. De façon à objectiver et quantifier ces possibles effets, a été menée une étude randomisée, en double aveugle: atovaquone proguanil, chloroquine proguanil, doxycycline, méfloquine et placebo (en phase de démarrage); le tout chez des voyageurs suisses, allemands et israéliens se rendant en Afrique subsaharienne.

L'état thymique fut mesuré grâce au questionnaire POMS (Profile on Mood States), à quatre reprises: inclusion, 13-11 jours avant le départ, 6-4 jours avant le départ et 7-14 jours après le retour. Furent inclus 547 voyageurs.

Les scores dans les quatre bras étaient globalement comparables entre eux et dans la moyenne habituelle des sujets en bonne santé mentale. Les analyses multivariées montrèrent un score légèrement altéré chez la femme sous méfloquine (p=0, - 011). Quel que soit l'antipaludique, les scores étaient plus bas chez le sujets de moins de 34 ans par rapport aux autres tranches d'âge.

SCHLAGENHAUT P et al. Evaluation of mood profiles during malaria chemoprophylaxis: a randomised, double-blind, four-arm study. J Travel Med 2009; 16: 42-5.

Français, paludisme, prévention, chaos

En juin et juillet 2004, un groupe de 26 Français se rend au Burkina Faso, dans la région de Bobo Dioulasso et essentiellement en zone rurale. Neuf d'entre eux contracteront un paludisme.

Un seul des 26 voyageurs ne put être évalué. La durée du séjour était de 17 jours. Age moyen de 36 ans (11-57), sex ratio HF de 0,67.

Les accès palustres survinrent entre 16 et 40 jours après l'arrivée en zone de transmission.Les chimiothérapies préventives étaient: chloroquine seule (n=1), chloroquine et proguanil (13), atovaquone et proguanil (2), doxycycline (2) et méfloquine (1); donc, 6 sujets sans aucune chimioprophylaxie. Quant aux mesures personnelles de protection vectorielle, elles étaient mises en 'uvre «occasionnellement» par 17 sujets.

La contamination fut de 100% chez les sujets sans antipaludiques.

SICARD S et al. Efficacy of antimalarial chemoprophylaxis for travelers. J Travel Med 2009; 16: 66-7.

NDLR. Au Burkina Faso, on estime à 360 le nombre de piqûres infestantes par an; le risque est monstrueusement démultiplié pendant la saison des pluies. Comment peut-on imaginer un tel déficit d'information, cette ahurissante pléiade de chimioprophylaxies, une telle négligence des mesures anti-vectoriellesen France à notre époque' Le combat des spécialistes en médecine des voyages est bien loin d'être gagné.

Diarrhée de l'enfant voyageur

Il existe peu de données sur la fréquence des diarrhées des enfants se rendant en zone tropicale. Les auteurs, portugais, ont étudié de manière prospective (questionnaire) 174 enfants (2 mois - 16 ans, médiane 4 ans) se rendant dans 6 pays tropicaux lusophones et en Inde.

La durée moyenne de séjour était de 25 jours (15-37). Le taux d'attaque de la diarrhée fut de 21,8%; 31,5% pour l'Inde, 26,9% en Afrique centrale, 22,2% en Afrique de l'ouest, et 6,7% en Amérique latine. Plus l'enfant est jeune, plus le taux d'attaque est élevé: 32,0% pendant les deux premières années de vie. Chez 7,9% des sujets, la diarrhée était de nature dysentérique; elle s'accompagnait de fièvre chez 18,4% des enfants. La durée moyenne était de 4,6 jours (2-7).

SILVA F G et al. Travelers' diarrhea in children visiting tropical countries. J Travel Med 2009; 16: 53-4.

NDLR. Cette étude mériterait d'être étendue à de plus larges cohortes. Mais elle présente l'intérêt de fournir des chiffres rares, une seule étude sur le sujet ayant été publiée - et en 1991 (Pitzinger). Les taux constatés sont impressionnants: ils devaient nous inciter à plaider pour une modération des voyages tropicaux des jeunes enfants. Nous devrions expliquer aux parents qu'un voyage tropical ne présente aucun intérêt pour un bébé, que celui-ci sera exposé de manière importante à la diarrhée et que, dans le meilleur des cas, leur voyage sera gâché.

Périls des parcs nationaux américains

Sur une période de trois ans ont été effectuées 12.337 opérations de recherche et de secours dans les parcs nationaux américains(coût; 16.552.053 US$). Furent constatés 522 décès et 4860 blessures ou maladies.

Les touristes secourus, plutôt des hommes (66,3) avaient entre 20 et 29 ans dans 22% des cas. Randonnées, navigation en bateau à moteur et natation représentaient l'essentiel des motifs de secours. Les facteurs étiologiques ou aggravants étaient: erreur de jugement, épuisement, insuffisance d'équipement, de vêtements, d'expérience.

HEGGIE T W et al. Search and rescue trends associated with recreational travel in US national parks. J travel Med 2009; 16: 23-27.

Ecotourisme et vaccinations

Les auteurs ont étudié la couverture vaccinale chez 663 écotouristes séjournant dans une réserve d'orang-outan en Malaisie. La moitié d'entre eux sont immunisés contre les hépatites A et B, la poliomyélite et la rougeole. Plus rares encore sont ceux protégés contre la rage et la rubéole.

Les auteurs insistent certes sur le fait que ces voyageurs mettent leur santé en danger, mais surtout qu'ils constituent une menace infectieuse pour les grands singes. Ils précisent que les écotouristes ne s'en doutaient même pas, et découvrirent ce risque à l'occasion de l'enquête.

MUEHLENBEIN M P et al. Perceived vaccination status in ecotourists and risk or anthropozoonoses. Ecohealth 2008; 5: 371-8.