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Février 2007

Diarrhée du voyageur et azithromycine

Etude (1) randomisée en double aveugle chez des militaires américains stationnés en Thaïlande présentant une diarrhée aiguë (n=156) : soit azithromycine (AZI) 1g en une prise, une seule fois, soit lévofloxacine (LEV) 500mg/j pendant 3 jours.
Trois jours après le début des traitements, la guérison est obtenue dans 96% des cas pour AZI et dans 71% des cas pour LEV (p=0,002). Le délai jusqu'à la dernière selle non moulée était également plus court dans le groupe AZI (p=0,03).
En Thaïlande, Campylobacter jejuni est une cause importante de diarrhée du voyageur. Or ce germe connaît désormais dans ce pays une très importante diminution de sensibilité aux fluoroquinolones. Son éradication micriobiologique fut de 96-100% sous AZI, de 38% sous LEV (p=0,0 - 01). Il y a donc une « surefficacité » de l'AZI pour la destination Thaïlande.
L'azithromycine peut-elle être proposée universellement ' C'est ce à quoi répond un autre article écrit par le spécialiste mondial de la diarrhée du voyageur (2). Des études antérieures, menées dans divers pays à plus faible fréquence de Campylobacter, ont montré une équivalence entre les deux drogues. Le spectre est équivalent, et supérieur pour AZI sur Campylobacter. Il n'y a donc aucune raison de ne pas proposer désormais l'azithromycine monodose comme auto-traitement de la diarrhée du voyageur.

(1) TRIBBLE DR et coll. Traveler's diarrhea in Thailand: randomised, double-blind trial. CID 2007 ; 44 : 338-46. (2) DUPONT HL. Azithromycin for the self-treatment of traveler's diarrhea. CID 2007; 44 : 347-9.

NDLR. Les auteurs omettent un argument supplémentaire. Avec l'azithromycine, on oublie les deux inconvénients majeurs des fluoroquinolones chez le touriste tropical : la photosensibilisation et le risque de rupture tendineuse lors des efforts physiques. A méditer. Il serait pertinent que la Société de Médecine des Voyages se penche sur la question et émette une recommandation.

Voyageurs sentinelles

Les systèmes de surveillance épidémiologique des pays tropicaux sont défaillants. Les voyageurs s'y rendant peuvent rapporter au Nord des maladies (qui sont autant d'informations) qui seront dûment identifiées et pourront servir à la surveillance des épidémies du Sud.
Les auteurs ont testé cette hypothèse sur l'apparition de Shigella dysenteriae sérotype 1 (Sd1) en Afrique de l'Ouest :
- d'une part en recherchant sur Medline les cas de Sd1 rapportés entre 1940 et 2002,
- d'autre part en colligeant les données des centres de surveillance de 17 pays européens entre 1990 et 2002.
Avant la grande épidémie de 1999-2000, l'Afrique de l'Ouest ne fournissait aucune donnée concernant Sd1. Si l'on avait utilisé les données fournies par les voyageurs de la manière ci-dessus, on aurait identifié le début épidémique aussi tôt que 1992 ! Et des mesures préventives adéquates auraient pu être prises en temps plus qu'utile.

GUERIN PJ et coll. Using European travellers as an early alert to detect emerging pathogens in countries with limited laboratory resources. BMC Public Health 2007; 7: 8.

NDLR. Une telle méthode sera de plus en plus utile et efficace tant sont croissants les voyages Nord-Sud.

Maladies et motifs de voyage

Les auteurs (Zurich) ont étudié de janvier 2004 à mai 2005 les maladies importées par des voyageurs (n=451) en les rapportant au motif du voyage : en l'occurrence ceux qui rendent visite à leur famille ou amis (VFA) et les autres. Résultat : les maladies et leurs fréquences diffèrent de beaucoup.
Les voyageurs en VFA font plus de paludisme (OR 2,9, 95% intervalle, IC 1,2-7,3), et d'hépatites virales 0R 3,1, 95%, IC 1,1-9). Ils ont moins souvent consulté avant leur voyage (20 vs 67%, p=0,00 - 01). En revanche, ils font moins de diarrhée du voyageur (173 vs 364 p. 1.000 voyageurs).

FENNER L et coll. Imported infectious diseases and purpose of travel, Switzerland. EID 2007; 13: 217-22.

NDLR. Ces résultats ne sont pas surprenants. Quand on visite sa famille ou ses amis, on reste un peu « chez soi ». Et eux, ils y vivent bien, depuis longtemps et disent qu'ils se portent à merveille, que les médecins européens n'y connaissent rien. Si on dit aux invités que c'est tout pourri ici, qu'en fait on est tous plus ou moins malades, ils ne viendront pas.