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Février 1999

Attention à la consommation des animaux marins

On en parle trop peu. Consommer les produits de la mer est une bonne chose sur le plan nutritionnel mais peut être dangereux voire mortel en raison des biotoxines que ceux-ci contiennent. L'IP Madagascar s'est livré à une étude rétrospective sur ces intoxications collectives signalées depuis 5 ans.La consommation de requins vient en tête. Il s'agit le plus souvent d'intoxication ciguatérique, à forte morbidité mais faible létalité (NDLR. On se souviendra que plus le poisson est carnivore, plus il a de probabilité d'être porteur de la toxine: voir VISA n°6); pour le reste, la consommation de requin peut donner des intoxications gravissimes, avec une létalité de 30%, à cause de biotoxines mal identifiées (épisode de Manakara). Viennent ensuite les intoxications liées à la consommation de tortues marines, dues à des chelonitoxines; seules deux espèces sont incriminées (Eretmochelysimbricata et Chelonia mydas), mais il faudrait être zoologue spécialiste pour les reconnaître (de toutes façons, ce n'est pas bien de manger ces espèces en voie de disparition qui, de surcroît, ne présentent aucun intérêt gastronomique NDLR).Suivent le poisson baudruche (tetrodotoxine), le hareng à bande bleue (cupléotoxine), le vivaneau cramoisi. Les intoxications liées aux mollusques sont beaucoup plus rares.

CHAMPETIER DE RIBES G. et coll. Un problème de santé publique réémergent à Madagascar : les intoxications collectives par consommation d'animaux marins. Arch. Inst. Pasteur Madagascar. 1998 ; 64 : 71-6.

NDLR. Les mollusques ne doivent pas être innocentés au seul fait qu'ils sont peu responsables d'intoxications: ils donnent en effet beaucoup de maladies infectieuses d'origine fécale: rappelons qu'une simple moule filtre 40 litres d'eau par jour et retient toutes les particules organiques présentes, virus, bactéries et parasites compris (hépatite A, typhoïde et autres salmonelloses, choléra, poliomyélite'). On notera encore une fois à l'occasion de cette étude qu'aucun risque n'est lié à la consommation des crustacés.

Protection contre les piqûres anophéliennes: observance catastrophique

Des auteurs suisses ont étudié une très large cohorte de voyageurs (100.336) s'étant rendus en Afrique de l'Est. Parmi les différentes questions posées par courrier pendant les 12 semaines suivant le retour, fut posée celle du respect des mesures personnelles de protection (MPP) contre les piqûres d'anophèles, à savoir : moustiquaires imprégnées, vêtements recouvrant le maximum de surface corporelle, répulsifs cutanés, insecticides, air conditionné.Seulement 2% des touristes (!) avaient régulièrement mis en pratique l'ensemble de ces mesures préventives. Bien évidemment il y avait un lien entre le non respect des MPP et la probabilité de faire un accès palustre.Compte tenu des faibles taux d'adhésion actuels, les auteurs suggèrent de concentrer ces efforts, en l'attente d'une hypothétique mais très souhaitée généralisation, sur les sujets particulièrement à risque: femmes enceintes, voyageurs sans chimioprophylaxie, séjours en zone et/ou saison de transmission maximale.

SCHOEPKE A. et coll. Effectiveness of personal protection measures against mosquito bites for malaria prophylaxis in travelers. J. Travel Med. 1998 ; 5 : 188-92.

NDLR. Tous les spécialistes s'attendaient malheureusement à ces tristes résultats. Mais à combien de ces voyageurs le caractère vital de ces mesures a-t-il été explicité lors d'une consultation de prévention bien conduite, en prenant le temps qu'il faut. De plus il faut "accompagner" le patient jusqu'au bout de la démarche : lui expliquer où et comment il peut se procurer une moustiquaire imprégnée (ce n'est pas du tout évident); lui expliquer qu'il y a des bons répulsifs cutanés, que tous ne sont pas inefficaces, et qu'il ne faut pas acheter n'importe quoi; que la piqûre anophélienne ne se sent pas contrairement à celle du Culex etc...