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Décembre 2009

 

Fièvre récurrente à tiques

Charles Nicolle, en poste au Maghreb, leur a consacré sa carrière et en obtint le Prix Nobel. Puis elles furent oubliées (Ndlr). Les fièvres récurrentes à tiques sont revenues sur la scène infectieuse mondiale. Borrelia recurrentis est ainsi le premier responsable d’infections bactériennes au Sénégal, la deuxième cause de fièvre après le paludisme ; elle fait partie des dix premières causes de mortalité infantile en Tanzanie, des dix premiers motifs d’hospitalisation en Ethiopie. Et la maladie ne se limite plus à la zone tropicale : des cas autochtones viennent d’être rapportés au Colorado, en Californie… et dans beaucoup de pays du nord qui veulent bien les rechercher.

CUTLER S J. Relapsing fever. A forgotten disease revealed. J Appl Microbiol 2009 Oct 20.

NDLR. Cette maladie est très peu enseignée dans les facultés de médecine des pays industrialisés. Dans les pays du sud, fièvre rime encore avec paludisme : considérable est le nombre de patients revenant avec un diagnostic de paludisme chez qui la sérologie se révèle ensuite totalement négative. Et puis une antibiothérapie empirique finit par tout camoufler. L’affirmation du diagnostic n’est pourtant pas très difficile : recherche de spirochètes sur frottis sanguin, PCR. Le traitement en est simple, reposant sur les cyclines ou macrolides pendant une dizaine de jours.

Embolie pulmonaire, avion : les femmes d’abord

Toutes les cas d’embolies pulmonaires à l’arrivée à Roissy-CDG, pendant 13 ans, ont été analysés par une équipe du SAMU 93. Pendant cette période d’étude, 287,6 millions de passagers long courrier débarquèrent à CDG ; parmi eux, 50,5% d’hommes et 49,5% de femmes.
On trouva à l’atterrissage 116 cas d’embolie pulmonaire ; 90 (78%) chez des femmes, 26 (22%) chez des hommes. Soit une incidence de 0,61 cas par million de passagers chez les femmes, de 0,20 chez les hommes. Pour les vols de plus de 10.000 km, incidence de 7,24 (7,17-7,31) chez les femmes, de 2,35 (2,33-2,38) chez les hommes.
Les mesures préventives doivent être appliquées encore plus vigoureusement chez les voyageuses long courrier.

LAPOSTOLLE F et al. Gender as a risk factor for pulmonary embolism after air travel. Thromb Haemost 2009; 102(6): 1165-8.

P. vivax, Afrique Noire

Nous vivons sur la notion que Plasmodium vivax n’est pas présent en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Ceci semble faux, et pour deux raisons.
- On rapporte régulièrement des cas d’infestation, certes rares, chez des voyageurs.
- Le phénotype Duffy négatif , très répandu chez les populations locales, est considéré comme totalement protecteur des accès cliniques de la fièvre tierce liée à P. vivax. Ceci est peut-être vrai. Mais une étude sérologique a été menée en République du Congo. Sur 409 prélèvements sanguins provenant de Congolais n’étant jamais sortis de leur pays, 55 (13%) se révélèrent porteurs (ELISA) d’anticorps dirigés contre P. vivax.
En conclusion : les autochtones sont sans doute cliniquement insensibles à P. vivax, mais ce parasite est bien présent et circule en Afrique Noire.

CULLETON R et al. Evidence for transmission of Plasmodium vivax in the Republic of th Congo, West Central Africa. J Infect Dis. 2009 ; 200 : 1465-9.

Divers

Un patient revenu en Angleterre depuis cinq mois après un séjour en Tanzanie a développé un syndrome de larva migrans cutané. Ceci est l’écart la plus long jamais constaté pour cette infestation qui se déclare généralement sur place ou quelques jours après le retour (ARCHER M. Late presentation of cutaneous larva migrans : a case report. Cases J. 2009. 12 : 7553)

Le paludisme serait en voie de disparition sur les hauts-plateaux du Kenya. Depuis 2005, les habitants des régions de Kipsamoite et Kapsislywa imprègnent l’intérieur de leurs maisons de pyréthrinoïdes ; depuis 2006, tout accès ou suspicion d’accès palustre est immédiatement traité par artémether et lumefantrine. Entre avril 2007 et mars 2008, aucun examen sanguin ne révéla la présence d’hématozoaires. (JOHN C C et al. Possible interruption of malaria transmission, Highland Kenya, 2007-2008). EID 15; 12: 1917-9.

NDLR. Attendons encore un peu avant de cesser de conseiller une chimioprophylaxie à nos patients voyageurs.