Risques et situations

Enfant voyageur et chaleur

tropical

Même les parents les plus scrupuleux -ceux qui ont consulté avant leur départ- recherchant vaccins, antipaludiques et protections vectorielles, commettent parfois les erreurs les plus graves vis-à-vis de l'exposition à la chaleur tropicale.

Le problème

Le médecin doit bien comprendre que le climat chaud est, justement, avidement recherché et payé fort cher par les parents qui sortent éventuellement d'une déprime hivernale... Mais leur enfant occidental en bas âge n'est pas adapté aux chaleurs tropicales, surtout lorsque celle-ci arrive suffisamment vite pour ne laisser à son organisme aucune chance d'adaptation : départ d'Europe à 0°C, arrivée quelques heures plus tard à 30°C.
Autre élément qui rajoute à la confusion : après « un coup de chaleur », l'enfant devient lui-même fébrile, de cette fièvre menaçante de convulsions voire de collapsus : les parents sauront-ils, par la simple et encore rituelle pose de la paume sur le front de l'enfant, reconnaître la fièvre alors que l'air ambiant est justement à 39, 40 ou 41°C !...
Alors il nous faut enseigner aux parents quelques règles aussi simples que malheureusement difficiles à faire appliquer.

Prévention

  • Ne jamais laisser d'enfants dans un endroit clos et confiné : voiture, caravane, tente, mansarde...
  • Les jeunes enfants ne doivent pas sortir aux heures les plus chaudes : ils doivent rester au calme à l'intérieur. Proposer (imposer ?) la sieste familiale, que font d'ailleurs tous les autochtones du pays visité.
  • La chambre de l'enfant doit être la plus fraîche de l'habitation : climatisation si possible, ventilateur et bonne circulation de l'air, fenêtre exposée au soleil occultées. Eviter le couchage direct sur matelas ou alèse en plastique : interposer drap, serviette...
  • A la maison, laisser l'enfant peu ou pas vêtu : une simple couche pour le bébé. A l'extérieur, vêtements amples, de couleur claire, en fibres naturelles ; chapeau à larges bords ; lunettes de soleil dès que l'âge le permet.
  • Favoriser les jeux d'eau (bassin ou piscine sécurisés, surveillés) ; proscrire les jeux épuisants.
  • Douches pluri-quotidiennes (peu ou pas de savon), ce qui aidera également à prévenir la bourbouille, liée à l'hypersudation en climat chaud et humide ; pas de séchage au sortir du bain. Brumisateur, gant mouillé... ad libitum.
  • Attention aux longs déplacements, en voiture ou en car en particulier.
  • Favoriser les boissons (peu ou pas sucrées ; soupe, jus de fruits frais...) ; faire boire avant et pendant tout effort, toute exposition aux chaleurs les plus fortes.

Le « coup de chaleur »

L'insolation est une menace permanente et grave, pouvant mettre en jeu le pronostic vital, d'autant plus que l'enfant est petit. Le faciès devient rouge, la peau chaude, brillante, sèche ; fièvre. Ne pas attendre le stade suivant : sensation de malaise, somnolence voire prostration, céphalées, nausées, vomissements, et parfois déjà convulsions.
Avoir en permanence avec soi un thermomètre de façon à identifier formellement et traiter immédiatement soi-même toute fièvre débutante.
Perte de poids : supérieure à 5%, la situation est préoccupante ; supérieure à 10%, le pronostic vital est engagé.

Mesures parentales d'urgence

  • Déshabiller l'enfant.
  • Lui faire prendre un bain, à une température de quelques degrés de moins que la sienne (-2 ou 3°C, pas plus) : pas plus de 10 minutes par bain, mais à répéter plusieurs fois par jour.
  • Si bain impossible, vêtir l'enfant de vêtements légers imbibés d'eau à cette même température ; mouiller régulièrement la tête avec un gant ou une éponge.
  • Arroser, « brumiser » régulièrement tête et cou. Proscrire sachets de glaçons, mise devant une bouche de climatisation...
  • Le faire boire impérativement, sans hésiter à le forcer, à petites gorgées.
  • Lui administrer des antipyrétiques selon un protocole écrit qui aura été remis aux parents avant leur départ, et qui les suivra dans tous leurs déplacements avec l'enfant. A priori ce protocole reposera exclusivement sur le paracétamol (nom international : acetaminophen) : Doliprane®, Efferalgan®...
    • préférer la voie orale ; si impossible, suppositoires (d'utilisation difficile en climats chauds : les suppositoires fondent...)
    • 60mg/kg/j répartis en 4 prises, soit 15mg/kg toutes les 6 heures
    • si la fièvre est élevée, la première prise peut être de 25mg/kg.
  • Ibuprofène, aspirine, sont réservés au médecin en cas d'échec du protocole ci-dessus bien conduit.

Attention !

Bien expliquer aux parents que soigner la fièvre est nécessaire mais non suffisant. Une consultation médicale urgente s'impose même si la fièvre a ainsi disparu. Peut-être s'agissait-il d'un simple « coup de chaleur », mais les parents ne sauront pas faire le diagnostic urgent de paludisme, méningite, typhoïde... éventuellement surajoutés.

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