Risques et situations

Corticothérapie prolongée et voyages

La corticothérapie ne constitue généralement pas une contre-indication aux voyages, hormis celle, éventuelle, liée à la maladie traitée. Les projets de voyages, en particulier en zone tropicale, devraient être soumis au médecin traitant et faire l’objet de précautions particulières.

Les vaccinations

1) Vaccins vivants

Ils sont tous a priori contre-indiqués. Il serait pertinent d’en informer le patient avant la mise en route du traitement : et faire alors les vaccinations si le patient a des projets de voyages, et si la pathologie sous-jacente le permet.

  • Le vaccin amaril est, pour la plupart, contre-indiqué au-dessus de 20mg/j de predniso(lo)ne. Il est utile de demander au confrère prescripteur de la corticothérapie s’il serait possible de faire une fenêtre thérapeutique.
  • Idem pour ROR, toute infection virale étant potentiellement plus grave et étant de transmission intense en zone tropicale et dans les pays en développement.
  • La vaccination contre la varicelle avant le début des corticoïdes la est hautement souhaitable, le virus circulant intensément dans de nombreux pays, le voyage étant l’occasion de contacts inter-humains nombreux et les formes malignes menaçant les immunodéprimés.
  • Le vaccin BCG est en quasi désuétude.

2) Vaccins inactivés

Les vaccins non vivants sont tous autorisés : il est classique de craindre une moindre efficacité (concept sans doute de moins en moins vrai avec les vaccins récents, très immunogènes). Tous les vaccins du voyage (y compris les vaccin grippal pneumococcique) sont encore plus recommandés chez les voyageurs sous corticoïdes.

Le voyage en soi

Thrombophlébite profonde en avion : le risque particulier du sujet sous corticoïde n’a pas été étudié. Par sécurité, on proposera des chaussettes ou bas de contention (grade 2) et les diverses mesures habituelles : pas de somnifères ni abus d’alcool, hydratation, déambulation fréquente (mais certainement pas d’aspirine ni HBPM).

Lors du voyage, le régime peut être difficile à suivre ; de plus les corticoïdes entraînent une augmentation de l’appétit, également favorisée par le stress du voyage.

  • A l’aéroport on se voit proposer de multiples aliments sucrés, salés, gras (barres chocolatées, chips, gâteaux apéritifs...) et boissons sucrées ; le grignotage est favorisé.
  • A bord des avions de ligne long courrier, on peut réserver plus de 10 menus, dont bien sûr un menu hyposodé.

Un diabète sous corticoïdes devient très difficile à gérer en voyage (régime, surveillance, décalages horaires...) et justifie une consultation spécialisée.

Corticoïdes et adaptation au décalage horaire : pas de données.

Le régime sur place

  • Régime hyposodé :
    • difficile à suivre en Extrême-Orient (sauces de soja, de poissons...) : consommer du riz non assaisonné
    • le sel est rare en Afrique noire, dans les déserts, les massifs montagneux.
  • L’apport médicamenteux de calcium est de rigueur, de nombreuses régions du monde souffrant d’un apport insuffisant de produits laitiers ; l’apport de vitamine D pourra être réduit en cas d’ensoleillement important (la surexposition solaire doit cependant être combattue, avec en plus ici une particulière fragilité cutanée).
  • Les nourritures épicées sont à éviter, pouvant aggraver les brûlures d’estomac causées par les corticoïdes.

Corticoïdes et infections

Plus fréquentes et/ou plus graves, les infections par :

  • Bactéries. Staphylocoques (en particulier sécrétrices de PVL), streptocoques, méningocoques, Haemophilus, Pseudomonas, Proteus, Serratia et autres pyogènes.
  • Virus. Tous Herpesviridae (VZV en premier lieu), CMV.
  • Parasites
    • Une anguillulose peut être dramatique chez un patient sous corticoïdes : les règles d’hygiène doivent être impérativement explicitées et comprises.
    • Giardia lamblia, Toxoplasma gondii, Pneumocystis carinii, cryptosporidies ; Candida, Histoplasma, Aspergillus, cryptocoques, Coccidioides : tous plus fréquents en zone tropicale.
    • Gale.
    • Paludisme : risque et gravité sous corticothérapie : la chimioprophylaxie est inchangée, mais on saura éviter la méfloquine (Lariam®) qui pourrait amplifier le risque psychiatrique des corticoïdes.

Bien noter que :

  • Les plaies, ecchymoses, petits bobos sont plus fréquents en voyage et avec les sports qui vont souvent avec : prévention impérative en raison des troubles de la cicatrisation induits par le traitement.
  • Les sports qui n’exposent pas démesurément à des traumatismes sont bénéfiques (ostéopénie, fonte musculaire, bénéfice psychique...).
  • La corticothérapie peut induire des troubles psychiatriques, favorisés ou aggravés par le voyage (stress, anxiété, perte des repères habituels...). Les voyages sont souvent l’occasion de surconsommation d’alcool, de drogues.
  • Les corticoïdes peuvent complexifier le diagnostic d’une fièvre, d’une diarrhée, de douleurs abdominales... particulièrement fréquentes en zone tropicale.

A emporter avec soi

  • Les médicaments en quantité double de celle nécessaire à la durée du voyage prévu : une moitié en bagage à main, l’autre en soute.
  • Tensiomètre d’auto-mesure.
  • Tous documents :
    • descriptifs de son état de santé et de son traitement
    • mentionnant les coordonnées du médecin traitant, du spécialiste, du centre de médecine des voyages consultés préalablement
    • concernant l’assurance-assistance (indispensable) : vérifier sur le contrat que la corticothérapie et/ou la maladie qu’elle traite ne constituent pas un critère d’exclusion.
    Documents en support papier ou, mieux aujourd’hui, électronique (clé USB Bio-Stick® lisible en 7 langues)

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