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Tularémie

Tularémie

La tularémie, peu fréquente en France, est une anthropozoonose potentiellement mortelle répandue dans de nombreuses zones, y compris touristiques, de l'hémisphère nord, dont le diagnostic n'est pas aisé. Elle fut décrite pour la première fois en 1911, chez l'écureuil, dans le conté de Tular en Californie.

La bactérie

Petit cocco-bacille à Gram négatif aérobie strict, à tropisme intra-cellulaire : Francisella tularensis. C'est une bactérie extrêmement contagieuse :

  • contagion par simple contact direct avec l'animal infecté
  • inoculum nécessaire à l'infection très faible, de 10 à 100 bactéries (selon le biovar : le biovar tularensis étant le plus dangereux)
  • très résistant au froid et même à la congélation
  • pouvant sporuler et survivre très longtemps dans les sols et eaux
  • ne devant être manipulé qu'en laboratoire P3

Ainsi agent potentiel de bioterrorisme.
Cultive difficilement, seulement sur milieux enrichis.

Epidémiologie

Voie de contamination

  • Habituelle : contact cutané ou muqueux direct avec des animaux infectés, que la peau soit saine ou non. Piqûre de tiques, taons, moustiques et autres arthropodes piqueurs suceurs
  • Rare : aérosols liés à la manipulation d'animaux infectés ou de fourrages, ingestion d'eau contaminée ou de viande insuffisamment cuite.
  • Rarissime : de personne à personne.

Deux pics de transmission

  • Eté (tiques)
  • Hiver (chasse)

La maladie est présente quasi exclusivement dans l'hémisphère nord : trois grandes zones géographiques (cf carte ci-dessus) qui ont chacune un biovar différent : le plus dangereux est tularensis en Amérique du Nord. Réservoirs animaux : souris, cobaye, lemmings, lapins et lièvres, rats, ragondins, écureuils et autres petits rongeurs, insectivores, marsupiaux, ovins. Et tiques et moustiques (été), puces, poux.

Clinique

Début brutal, 3 à 5 jours après la contamination : forte fièvre, frissons, céphalées, altération brutale de l'état général ; parfois vomissements, diarrhée, douleurs abdominales, arthro-myalgies, voire toux. On distingue différentes formes cliniques en fonction de la porte d'entrée de l'agent causal.

  • Ulcération avec adénopathie dans le territoire de drainage lymphatique (forme ulcéro-glandulaire, la plus typique)
  • Ulcération pure, sans adénopathie : nombreux diagnostics différentiels (rickettsiose, charbon...)
  • Adénopathie isolée : nombreux diagnostics différentiels (griffes du chat, lymphome...)
  • Forme oculaire : de l'animal vers la main, de la main vers l'oeil, ou par aérosols : ulcères et/ou nodules de la cornée.

Et deux formes particulièrement graves (décès dans environ 50% des cas) :

  • Forme septicémique, dite typhique, nue, sans aucun symptôme ni signe clinique si ce n'est parfois la présence d'une diarrhée et de vomissements : de diagnostic particulièrement difficile sauf à rechercher systématiquement les éléments épidémiologiques ;
  • Forme pulmonaire, très grave, liée à l'inhalation, avec très forte fièvre, hémoptysies, troubles de conscience, ressemblant à une peste pulmonaire, à une mélioïdose...

Les quatre premières formes sont généralement peu graves, contrairement aux deux suivantes. Dans tous les cas, la convalescence est longue.

Diagnostic biologique

  • Cultures difficiles : absolue nécessité d'informer le microbiologiste.
  • PCR possible : sa demande doit faire l'objet d'une solide argumentation.
  • En fait le diagnostic repose avant tout sur la sérologie (IFI, séro-agglutination, hémagglutination, ELISA) : la sérologie se positive habituellement 13-15j après le début de la maladie pour atteindre un pic vers la 4-5ème semaine.

Traitement curatif

  • Gentamicine (classiquement) 5mg/kg/j pendant 10 jours
  • ou doxycycline 200mg/j pendant 3 semaines
  • ou fluoroquinolone pendant 3 semaines (?)

Prévention individuelle

  • Ne pas toucher les animaux morts, en particulier les rongeurs.
  • Ne pas boire d'eau stagnante ou à faible courant.
  • Ne pas dormir dans ou sur la paille, et éviter d'inhaler les poussières rurales.
  • Bien cuire les viandes sauvages en zone d'enzootie.
  • Eviter les piqûres de tiques, taons, moustiques : vêtements longs et recouvrant le maximum de surface corporelle, fermés aux extrémités, si possible imprégnés de pyréthrinoïdes ; usage de répulsifs cutanés (DEET 50%).

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