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Pityriasis versicolor et voyages

Pityriasis

Cette mycose, liée à la prolifération anormale du commensal Malassezia furfur, est ubiquitaire ; c'est la maladie cutanée la plus fréquente du monde. Elle est particulièrement fréquente en zone chaude et humide. Comme l'indique le mot "versicolor" (couleurs différentes), elle entraîne une hypopigmentation sur peau brune, et parfois une hyperpigmentation sur peau claire. C'est une maladie bénigne de l'épiderme dont le préjudice n'est qu'esthétique et qui, parfois, rechute ou récidive : les conséquences psychologiques peuvent alors être lourdes.

Epidémiologie et physiopathologie

Le pityriasis versicolor a une fréquence étroitement liée au climat :

  • en zone tropicale, chaude et humide, la prévalence varierait de 12 à 40% ; en Scandinavie, elle culminerait à 1%
  • dans les zones tempérées, elle apparaît quasi exclusivement au printemps et en été ; en zone tropicale, elle survient à tout moment de l'année
  • l'incidence chez le voyageur tropical n'est pas quantifiée, mais elle est naturellement supérieure à celle du sédentaire.

Pas de différence entre l'homme et la femme, entre les races. Rare chez l'enfant et le sujet âgé, maximum à la puberté et dans la décennie qui suit.

M. furfur prolifère sur les peaux grasses (en laboratoire, cultive facilement sur Sabouraud enrichi d'huile d'olive) et/ou préalablement malades. La maladie est donc étroitement liée au terrain : dermite séborrhéique au premier plan, dermites atopiques, psoriasis, diverses maladies d'organes (rein, foie...) ou de système, hyperhidrose, hypersudation (sports, hammam...), application intempestive d'huiles ou de crèmes corporelles.

Diagnostic clinique

  • Lésions de taille et de couleur variable (du jaune chamois au brun) ; au début, petites taches circulaires ou ovales finement squameuses : celle-ci grandissent et confluent, parfois en grandes nappes polycycliques, gardant toujours des limites très nettes. La couleur des lésions est homogène chez un même patient.
  • Répartition des lésions :
    • avant tout, la partie supérieure du tronc
    • souvent, extension à la partie supérieure des bras, au cou, à l'abdomen
    • des lésions de la face, du cuir chevelu ou des paumes doivent faire douter du diagnostic, tout au moins chez le sujet immunocompétent et sous climats tempérés.
  • Parfois existe un prurit, qui n'est jamais intense.

Le diagnostic est le plus souvent cliniquement évident. Il pourra être étayé par l'examen des lésions en lumière de Wood qui montre des lésions en fluorescence jaune verdâtre, souvent plus étendues qu'il n'y paraît à l'oeil nu.

Ce n'est que rarement que se pose un problème de diagnostic différentiel : vitiligo (affection chronique), chloasma (pas de squames), lèpre (exclue chez le voyageur), acanthosis nigricans (rarissime)...

Diagnostic biologique

Il n'est pas indispensable en pratique dans les formes typiques.

L'examen microscopique du scotch test, après grattage des lésions, montre des squames parasitées par de courts fragments mycéliens à paroi épaisse et de petits amas de levures ovalaires.

La culture n'a pas d'intérêt diagnostique en pratique clinique.

Traitement curatif

Il repose aujourd'hui en première intention sur le gel moussant de kétoconazole à 2% (Ketoderm® récipient unidose à 2%) :

  • application unique du contenu (20g) sur toute la surface du corps, y compris le cuir chevelu (en évitant le contact avec les yeux), éventuellement à l'aide d'un gant humide
  • faire mousser le gel, en insistant sur les zones atteintes
  • laisser en place cinq minutes, puis rincer soigneusement.

Il est inutile de tenter d'éradiquer la levure de l'environnement au-delà des simples mesures d'hygiène et de propreté, celle-ci étant ubiquitaire et commensale.

En cas d'échec ou de récidive, il est essentiel de traiter les facteurs favorisants. En cas de nouvel échec, la prise en charge sera spécialisée.

On précisera au patient :

  • qu'il n'est pas contagieux
  • qu'il ne s'agit pas d'une maladie liée à un défaut d'hygiène
  • que les lésions peuvent mettre de longues semaines à disparaître

Prévention chez le voyageur tropical

  • Vêtements amples permettant une circulation de l'air
  • Pas de tissus synthétiques
  • Dénudement aussi fréquent que possible
  • Douches suivies d'un séchage minutieux avant de se vêtir
  • Ventilation, air conditionné
  • Proscrire toute application de lotions, huileuses en particulier, hormis les protections solaires quand nécessaire ; douche après arrêt de l'exposition.

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