Fiches Maladies

Grippe

La grippe
Prévention et traitement de la grippe
La grippe de l'enfant : une menace sous-estimée
La grippe chez les seniors

La grippe

La grippe est une maladie infectieuse virale qui évolue sur un mode épidémique. La profusion des personnes infectées, l'éventualité de complications parfois mortelles, les conséquences socioéconomiques notables des épidémies font de la grippe un problème de santé publique majeur.

Des millions de personnes touchées

Chaque année, l'épidémie hivernale de grippe dure six à huit semaines. La grippe infecte ainsi plus d'une centaine de millions de personnes dans l'hémisphère Nord, dont 2 à 7 millions en France. Toutes les tranches d'âge sont affectées. En moyenne, un adulte sur 10 et un enfant sur 3 sont infectés chaque année.


Grippe

La grippe peut être particulièrement grave pour les personnes vulnérables comme les personnes âgées, les malades chroniques (asthmatiques, diabétiques notamment), les jeunes enfants et les nourrissons. Chez les patients souffrant d'une pathologie cardiovasculaire ou pulmonaire, la mortalité liée à la grippe elle-même ou à une pneumonie peut atteindre 870 pour 100 000 personnes.La mortalité annuelle directe ou indirecte due à la grippe saisonnière serait de l'ordre de 7500 personnes en France.

Lors des pandémies, la grippe tue par millions. La « grippe espagnole » en 1918-1919 a fait 40 millions de victimes dans le monde. La pandémie de 1957-1958 (« grippe asiatique ») a été fatale à 4 millions d'individus et celle de 1968-1969 (« grippe de HongKong ») à 2 millions.

Une surveillance essentielle

La grande variabilité du virus de la grippe impose une surveillance continue. L'identification des différents virus grippaux menaçant l'homme est indispensable à la mise en œuvre des mesures de prévention (élaboration des vaccins et des réactifs de détection du virus). Elle est effectuée par le réseau mondial de surveillance de l'OMS, qui s'appuie sur une centaine de laboratoires nationaux dans plus de 80 pays. Le système d'alerte européen est le réseau EISS (European Influenza Surveillance Scheme).

En France deux réseaux de surveillance existent :

  • les GROGs (Groupes Régionaux d'Observation de la Grippe), réseaux de praticiens de ville (médecins généralistes, pédiatres, laboratoires de villes etc.) qui réalisent une surveillance épidémiologique, clinique et virologique.
  • Le réseau Sentinelles, qui s'appuie sur des médecins généralistes libéraux, assure un recueil, une analyse et une diffusion hebdomadaires des données épidémiologiques concernant les pathologies transmissibles fréquentes en ville, notamment la grippe.

Une maladie respiratoire très contagieuse

La grippe est une atteinte des voies respiratoires supérieures et inférieures. La transmission interhumaine se fait par le biais des gouttelettes de salive et des sécrétions respiratoires, à l'occasion d'éternuements ou de toux, et par contact direct notamment par les mains.


Propagation

Le virus se propage par le biais des gouttelettes de salive et des petites particules en suspension dans l'air projetées par la toux ou les éternuements. Mais également le portage des mains.

Les personnes infectées sont contagieuses 2 jours avant l'apparition des symptômes et jusqu'à 5 jours après. Les lieux confinés et très fréquentés (métro, bus, collectivités scolaires...) favorisent la propagation du virus grippal.

Après une période d'incubation de un à quatre jours (deux en moyenne), les symptômes apparaissent généralement de façon soudaine. Il s'agit de fièvre (évoluant typiquement selon le « V » grippal), de toux, de maux de tête, de malaise général. L'évolution de la maladie est le plus souvent rapide. La température diminue en deux à quatre jours, tandis que les autres signes s'estompent. Mais la toux et la fatigue peuvent persister plus de deux semaines.

Des complications graves

L'évolution de la maladie peut être émaillée de complications liées à l'action du virus grippal ou à une infection bactérienne favorisée par la grippe (otite et pneumonie bactérienne notamment).

Les complications surviennent plus volontiers chez des personnes dites « à risque », comme les personnes âgées, celles qui sont fragilisées par une maladie chronique (asthme, diabète, etc.), les jeunes enfants e les nourrissons. Par ailleurs, une fièvre élevée due à l'infection virale peut provoquer des convulsions chez les plus jeunes enfants.

Un fardeau économique

L'impact socio-économique de la grippe est non négligeable. Les coûts liés à la perte de production (coûts indirects) sont prépondérants.

Les coûts directs, supportés par le système de santé (consultations, hospitalisations, etc.) se sont élevés à 266 millions de dollars pour l'épidémie 1989-1990 en France. Le coût direct d'un malade non hospitalisé s'est élevé en moyenne entre 28 et 68 euros lors de l'épidémie de l'hiver 20 - 01-2002. Lors de l'épidémie annuelle de grippe, le nombre de consultations de médecine générale augmente de 150 à 450 %. En France, 3,4 % des consultations de médecine généraliste sont consacrés à la prise en charge des syndromes grippaux.

Le retentissement sur l'économie du pays s'est traduit par un coût indirect de 2000 millions de dollars lors de l'épidémie 1989-1990 en France. La grippe est responsable de 10 % de l'absentéisme au travail. Le nombre moyen de jours d'absence en raison d'une grippe est compris entre 3 et 7 jours. Une performance altérée et des temps de réaction réduits (de 20 à 40 %), en raison de la grippe, peuvent compromettre la santé et la sécurité au travail.

Un virus changeant

Les virus de la grippe ou virus influenza appartiennent à la famille des orthomyxovirus. Il en existe plusieurs types (virus influenza A, B et C). Les virus grippaux A et B sont responsables de la majorité des épidémies humaines. Ils comportent deux types de protéines de surface : l'hémagglutinine (pouvoir infectieux du virus) et la neuraminidase (diffusion du virus).


Structure

La structure des virus grippaux se modifie continuellement. Les mutations des gènes viraux se traduisent notamment par l'altération de ses protéines de surface (notamment l'hémagglutinine), reconnues par le système immunitaire de l'hôte infecté. Si les modifications antigéniques sont mineures (glissement antigénique), le nouveau virus reste proche du précédent. Mais l'accumulation de modifications mineures aboutit à ce que le virus ne soit plus reconnu par le système immunitaire. C'est pour cette raison qu'il faut modifier chaque année la composition du vaccin grippal.

La progressivité des modifications antigéniques se traduit en général par des mutations mineures ou de moyenne importance. Les virus de type A peuvent en outre subir des modifications majeures (cassure antigénique), si radicales qu'elles produisent un virus très différent. Ce phénomène, qui survient approximativement tous les 30 ans, peut déclencher une pandémie.

Prévention et traitement de la grippe

La prévention de la grippe repose principalement sur l'administration du vaccin grippal. Si le vaccin est efficace, ses conditions de fabrication (délais de mise au point du vaccin) et d'utilisation (taux de couverture vaccinale insuffisant, efficacité obtenue 2 à 3 semaines après l'injection) peuvent en limiter la portée dans certaines circonstances, notamment en cas de pandémie.

La mise sur le marché d'une nouvelle génération de traitements antiviraux spécifiques de la grippe, les inhibiteurs de la neuraminidase (INA), représente une avancée significative, aussi bien sur le plan de la prophylaxie (prévention) que sur le plan thérapeutique. L'administration d'INA réduit la durée de la grippe et limite le risque de complications.

La vaccination, pierre angulaire de la prévention

La mise au point du vaccin constitue chaque année l'aboutissement d'un processus de production complexe et contraignant, effectué selon un calendrier très serré. Un délai d'au moins 6 mois est nécessaire après la formulation des recommandations annuelles de l'Organisation Mondiale de la Santé. Au niveau individuel, le vaccin est efficace 2 à 3 semaines après l'injection et pour une durée de 6 mois.

La vaccination réduit la morbidité et la mortalité de la grippe chez les personnes âgées et chez celles qui sont atteintes de maladies chroniques. Ainsi, elle diminue le risque de survenue d'une pneumonie ou d'aggravation d'une maladie cardiovasculaire ou pulmonaire sous-jacente. Chez les personnes jeunes, l'efficacité des vaccins à prévenir l'infection grippale est comprise entre 70 et 90 %.

L'efficacité vaccinale dépend de plusieurs facteurs dont l'âge : chez les sujets âgés de 60 ans et plus l'efficacité de la vaccination est estimée de l'ordre de 58%.

Le vaccin contre la grippe peut présenter une efficacité encore plus modeste chez les personnes âgées en services de soins de longue durée, et encore moindre chez celles vivant chez elles.

Mais cette efficacité est limitée par un faible taux de couverture vaccinale. En France lors de la saison grippale 2005-2006, seulement 24 % de la population générale était vaccinée contre la grippe (enquête TNS Sofres pour le GEIG). La couverture vaccinale des personnes âgées de 65 ans et plus atteignait 68 % et celle des personnes de moins de 65 ans souffrant d'une maladie chronique 52 %. (Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés). Parmi les enfants en bonne santé en 2004-2005, seuls 5 % étaient vaccinés et 19 % seulement parmi les enfants asthmatiques.

Les Antiviraux : des médicaments spécifiques

Les inhibiteurs de la neuraminidase (INA) constituent une avancée significative. Ils sont efficaces contre les virus de type A et de type B. Ils agissent spécifiquement sur la neuraminidase, l'une des deux protéines majeures de surface du virus grippal. L'inactivation de la neuraminidase empêche la propagation du virus et l'infection de nouvelles cellules de l'organisme. La neuraminidase présente l'intérêt de rester stable quelles que soient les mutations du virus.

Les antiviraux ont démontré leur efficacité aussi bien en prophylaxie (prévention) qu'en traitement curatif chez l'adulte et l'enfant.

Les résultats obtenus semblent d'autant meilleurs que l'administration de l'antiviral est précoce. Ainsi, la prise dans les 48 premières heures suivant l'apparition des symptômes est recommandée. Ce fait souligne encore l'importance d'un diagnostic précoce.

La tolérance des antiviraux oraux est globalement bonne. Les effets indésirables sont essentiellement représentés par des troubles digestifs, nettement diminués par la prise d'une collation.

Les antiviraux doivent être prescrits par un médecin. En aucun cas les antiviraux ne constituent une alternative à la vaccination.

La grippe de l'enfant : une menace sous-estimée

La grippe est une affection qui touche largement les enfants. Chez eux sont observés les taux les plus élevés de complications de l'infection grippale. La grippe et ses complications peuvent retentir sur la santé des enfants et leur développement futur.
Mais l'impact de la grippe chez les enfants est largement sous-estimé. Ainsi une étude américaine concernant les enfants de moins de 5 ans montre que l'infection par le virus de la grippe n'est identifiée que dans une minorité de cas. Pour les patients dont l'infection grippale a été confirmée par les examens de laboratoire, il est apparu que le diagnostic n'avait été posé auparavant que chez seulement 28 % des jeunes patients hospitalisés et 17 % de ceux vus en consultation.

Une maladie fréquente : un risque trois fois plus grand chez l'enfant

La grippe touche les enfants à tous les âges, les enfants d'âge scolaire étant plus spécialement exposés. En France en 2003, la grippe a touché près de 3,5 millions d'enfants âgés de moins de 14 ans. Les enfants sont atteints 2 semaines avant le reste de la population.

La probabilité d'être atteint est trois fois plus élevée chez l'enfant que chez l'adulte jeune. En période épidémique, 1 enfant sur 3 est atteint et seulement un adulte sur 10 ; le taux d'attaque de la grippe est de 50 % chez les enfants âgés de 6 à 10 ans. Au sein d'une famille, l'incidence de la grippe est deux fois plus élevée chez un enfant d'âge scolaire que chez ses parents.

Les enfants : propagateurs de la grippe

Les enfants sont un réservoir majeur du virus et jouent un rôle essentiel dans la dissémination de la grippe.

Chez l'enfant, le virus se multiplie plus rapidement et se propage plus longtemps que chez les adultes. Les enfants peuvent être contagieux plus de 7 jours après le début des signes. Les enfants jouent un rôle central dans la propagation de la grippe. Dans les familles comprenant des enfants scolarisés, le risque d'être exposé à la grippe est deux fois plus élevé. 36 % des foyers hébergeant un enfant grippé voient apparaître au moins un autre cas d'infection.

Un diagnostic difficile chez les jeunes enfants

Les signes de la grippe varient en fonction de l'âge.

Avant l'âge d'un an, l'infection grippale est asymptomatique ou discrète dans 45 % des cas. La température est souvent peu élevée ou même normale. La toux est plus rare mais la pharyngite plus fréquente que chez l'enfant plus âgé. Une bronchopneumopathie dyspnéiforme expiratoire - délicate à distinguer d'une bronchiolite à virus respiratoire syncytial - a touché 37,5 % des nourrissons grippés lors de l'épidémie de 1995-1996.

Entre 1 et 4 ans, le diagnostic est rendu difficile par des signes trompeurs, non respiratoires comme une somnolence (plus de la moitié des cas alors qu'elle n'est observé que chez 10 % des enfants au-delà de 5 ans) ou des troubles gastro-intestinaux (40 % des enfants présentent des douleurs abdominales, des nausées ou des vomissements, une diarrhée).

Entre 4 et 14 ans, les symptômes sont ceux de l'adulte. La fièvre est brutale, supérieure à 39,5° dans 30 à 40 % des cas, associée à un écoulement nasal chez 75 % des enfants. Elle décrit le classique V grippal : baisse de la température au bout de 36 à 48 heures (37-37,5°C) et remonte le 3 ou 4ème jour (39-39,5°C). Comme chez l'adulte, frissons, courbatures, toux, maux de tête et anorexie sont associés à la fièvre. L'enfant en bonne santé guérit en une semaine.

La consultation précoce d'un médecin est cruciale pour la précision du diagnostic. Il n'est pas toujours aisé de distinguer la grippe d'un rhume banal ou d'autres infections virales communes chez l'enfant. En dépit de ces difficultés, moins de 10 % des médecins consultés en première intention utilisent les tests d'identification rapide par écouvillonnage.

Une maladie grave, des complications fréquentes

L'affinité du virus de la grippe pour les voies respiratoires favorise la survenue de graves complications telles qu'une bronchite ou l'exacerbation d'un asthme. L'otite moyenne aiguë est la complication la plus fréquente ; elle peut toucher près de 40 % des enfants grippés avant trois ans. Elle peut avoir pour conséquence des troubles auditifs retardant l'acquisition du langage. Avant l'âge de 5 ans, la fièvre mal supportée peut entraîner des convulsions. Le grand enfant peut présenter une encéphalite, un syndrome de Guillain-Barré ou une myosite aiguë bénigne.

Complications les plus fréquentes% d'enfants grippés susceptibles de présenter les complications
Otite moyenne (1-12 ans) 24 %
Exacerbation de l'asthme (5-12 ans) 17 %
Bronchite (1-12 ans) 3 %
Pneumonie (1-12 ans) 3 %

Les nourrissons sont spécialement sensibles au virus grippal car leur système immunitaire est encore en développement. L'enfant est d'autant plus vulnérable qu'il est plus jeune. Plus de 1% des enfants seront hospitalisés en raison de la gravité de la grippe, soit en France près de 35 000 hospitalisations d'enfants de moins de 14 ans dues aux complications de la grippe. Le risque d'hospitalisation en raison de complications de la grippe est particulièrement élevé chez les enfants de moins de 4 ans. L'hospitalisation dure de 4 à 5 jours en moyenne.

Nombre d'hospitalisations imputables à la grippe pour 100 000 individus

AgeNombre d'enfants
Moins de 6 mois 449
6 mois à un an 233
1 an à 3 ans 79
3 ans à 5 ans 43
5 ans à 15 ans 22

Chaque année, 8 enfants sur 1 million succombent à la grippe, soit en France 84 décès par an associés à la grippe chez les enfants de moins de 14 ans. Le décès des enfants grippés est le plus souvent lié aux complications secondaires associées au virus.

Un retentissement scolaire

La grippe peut éloigner l'enfant de l'école, d'autant plus longtemps que des complications surviennent. Le nombre de jours d'absence pour les enfants suivis pendant la saison grippale 2000-20 - 01 s'élevait à 63 jours pour 100 enfants. L'absentéisme scolaire des enfants grippés génère pour partie l'absentéisme professionnel des parents : 21 % des parents doivent s'absenter de leur travail lorsque leur enfant est grippé.

Une vaccination peu répandue

Chez l'enfant comme chez l'adulte, la vaccination reste le meilleur moyen de prévenir la grippe, mais elle trouve des limites. Le calendrier vaccinal est chargé jusqu'à l'âge de 18 mois, or le vaccin grippal doit être injecté à raison de deux doses en primo-vaccination et d'un rappel annuel. En dépit d'une procédure rigoureuse et rodée, les souches vaccinales sélectionnées peuvent ne pas être assez proches de la souche virale en circulation au moment de l'épidémie. De plus l'immunité chez le petit l'enfant n'est pas optimale. La vaccination est néanmoins capable de prévenir les grippes confirmées par les analyses biologiques de 60 à 90 % chez les enfants. Elle permet en outre de réduire de 70 % le nombre de jours d'école manqués.

En tout état de cause, l'efficacité de la vaccination est limitée par un faible taux de couverture vaccinale. En France lors de la saison grippale 2004-2005, seulement 5 % des enfants en bonne santé étaient vaccinés et 19 % des enfants asthmatiques.

Le traitement anti-viral : spécifique et efficace

En France, la prescription de médicaments non spécifiques du virus en cas de grippe est élevée : avant la campagne de la CNAM visant à limiter l'utilisation des antibiotiques, les antibiotiques étaient prescrits dans 30 à 45 % des cas (même en absence de complications), un antipyrétique dans 94 % des cas. Les antipyrétiques améliorent les symptômes, mais n'ont pas d'action sur la grippe elle-même. Les antibiotiques ne sont utiles qu'en cas de complications bactériennes secondaires avérées.

La mise sur le marché d'une nouvelle génération de traitements antiviraux spécifiques de la grippe, les inhibiteurs de la neuraminidase (INA), représente une avancée significative, aussi bien sur le plan de la prophylaxie que sur le plan thérapeutique.

L'administration d'INA réduit la durée de la grippe et limite le risque de complications ; en prévention, elle limite la probabilité de développer une grippe symptomatique pour les enfants ayant été en contact avec une personne grippée.

La grippe chez les seniors

La grippe est une maladie des voies respiratoires supérieures et inférieures d'origine virale. Elle est très contagieuse et évolue sur un mode épidémique. Les épidémies sont fréquentes dans les établissements regroupant des personnes âgées. En outre le sujet âgé, en particulier s'il vit en institution, est un sujet à haut risque de complications. D'ailleurs les personnes âgées et les pensionnaires d'établissements pour personnes âgées ou handicapées appartiennent aux groupes prioritaires pour la vaccination antigrippale définis par l'Organisation Mondiale de la Santé pour éviter les formes graves de grippe.

Le sujet âgé, principale victime des épidémies de grippe

Le taux d'attaque de l'infection grippale chez le sujet âgé de plus de 60 ans s'élève à 6,17 %, alors qu'il est de 1 % dans la population générale. Le regroupement en collectivité favorise la contagion, puisque la transmission inter-humaine de la grippe se fait par le biais des gouttelettes de salive et des sécrétions respiratoires.

Un diagnostic parfois trompeur chez les seniors

Chez le sujet âgé, les myalgies, le coryza et les frissons sont moins fréquents que chez le sujet jeune. La dyspnée, en revanche, est plus fréquente. L'association toux-expectoration-dyspnée est présente dans plus de 90 % des cas. Des signes peuvent induire en erreur : confusion mentale, déshydratation, chutes, anorexie, troubles digestifs.

Dans un contexte épidémique, face à des patients âgés qui présentent des tableaux cliniques variés associant des signes généraux (fièvre élevée, malaise général, courbatures, céphalées) et des signes respiratoires (de la rhinite à la pneumopathie), certaines associations de signes sont évocatrices de la grippe. Une fièvre accompagnée de myalgies est ainsi prédictive de la grippe dans 41 % des cas. Un tableau clinique de début brutal associant fièvre et toux l'est dans 30 % des cas.

La grippe ne peut être distinguée sur les seuls signes cliniques d'autres affections respiratoires virales (notamment par le virus respiratoire syncytial ou le myxovirus parainfluenza). Un diagnostic virologique rapide est essentiel lors des épidémies survenant dans des collectivités gériatriques, pour mettre en œuvre les mesures de prévention. Il est également souhaitable en présence de complications.

Des complications fréquentes et graves

Les complications de la grippe, liées à l'action du virus grippal ou à une infection bactérienne favorisée par la grippe (pneumonie bactérienne notamment), sont fréquentes chez le sujet âgé. Plus d'un tiers des sujets âgés de plus de 70 ans présentent d'emblée une complication lors du diagnostic de grippe. Parmi les personnes âgées grippées, 85,5 % sont atteintes de surinfections respiratoires basses, 2 à 9 % sont hospitalisées en raison d'une pneumonie.

La grippe est la première cause de mortalité infectieuse des plus de 75 ans, chez qui elle occasionne en France 7 600 décès chaque année (2,4 % des décès annuels). La quasi-totalité (95 %) des décès liés à la grippe survient chez les personnes âgées de plus de 65 ans et 85 % chez les plus de 75 ans.

L'atteinte pulmonaire est susceptible de dégénérer en insuffisance respiratoire voire d'entraîner un syndrome de détresse respiratoire aiguë en rapport avec un œdème lésionnel. Cependant la défaillance cardiorespiratoire est le plus souvent liée à une maladie cardiaque ou pulmonaire sous-jacente.

L'hospitalisation est fréquente chez le sujet âgé de plus de 65 ans (185 hospitalisations pour 100 000 cas de grippe), en particulier chez le sujet à risque (1 800 hospitalisations pour 100 000 cas).

. Nombre d'hospitalisations imputables à la grippe pour 100 000 individus aux différents âges de la vie

AgeNombre de personnes hospitalisées
Moins de 6 mois 1000
Moins de 2 ans 150
15 ans à 65 ans, sans risque < 1-80
15 ans à 44 ans, avec risque 210
44 ans à 65 ans, avec risque 560
> 65 ans, sans risque 185
> 65 ans, avec risque 1800

Un retentissement fonctionnel important

Si la grippe est sévère, un sujet âgé fragilisé par une ou plusieurs autres pathologies, risque d'être alité, de réduire ses apports hydriques et alimentaires. Il aura besoin d'une aide pour effectuer les gestes de la vie quotidienne. Les conséquences sont potentiellement graves : maladie veineuse thromboembolique, malnutrition, troubles de la marche et chutes, escarres de décubitus.

Un déclin fonctionnel est constaté dans les semaines qui suivent une grippe chez les personnes âgées vivant en institution.

La vaccination antigrippale, un geste indispensable

La prévention de la grippe repose principalement sur l'administration du vaccin grippal. En France lors de la saison grippale 2004-2005, la couverture vaccinale des personnes âgées de 65 ans et plus atteignait 63,9 % (Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés) alors que celle de la population générale était de 22,6 % seulement (enquête TNS Sofres).

La vaccination réduit la morbidité et la mortalité de la grippe chez les personnes âgées et chez celles qui sont atteintes de maladies chroniques. Ainsi, elle diminue le risque de survenue d'une pneumonie ou d'aggravation d'une maladie cardiovasculaire ou pulmonaire sous-jacente.

La vaccination antigrippale réduit de 30 à 50 % la mortalité toutes causes confondues chez les personnes âgées de 65 ans et plus en période de circulation de virus grippaux. Chez les sujets âgés vivant dans un établissement de soins, elle réduit la survenue de décès de 68 %. Pour les seniors vivant à domicile, la mortalité, quelle qu'en soit la cause, est diminuée de 50 % et la mortalité post-hospitalisation pour pneumonie et grippe de 47 %.

Chez les sujets âgés vivant dans un établissement de soins, la vaccination réduit la survenue d'une pathologie respiratoire de 56 %, d'une pneumonie de 53 % et d'une hospitalisation de 50 %. Pour les sujets âgés vivant à leur domicile, elle diminue la survenue d'un syndrome grippal de 35 % et l'hospitalisation pour pneumonie et grippe de 33 %.

Le traitement anti-viral : spécifique et efficace

Les inhibiteurs de la neuraminidase sont efficaces contre les virus grippaux de type A et de type B, alors que les inhibiteurs de la protéïne M2 ne sont actifs que sur les virus de type A. Parmi les antiviraux actuellement disponibles en France, certains sont administrés par inhalation, d'autres sont disponibles sous forme orale. Ils sont indiqués chez la personne âgée pour la prophylaxie comme pour le traitement de la grippe.

Le profil de tolérance des antiviraux oraux chez les personnes âgées est semblable à celui des adultes âgés de moins de 65 ans. La tolérance est globalement bonne. Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés sont essentiellement des troubles digestifs : nausées, vomissements et douleurs abdominales, la plupart spontanément résolutifs en 24 à 48 heures.

Grippe en collectivités

La prise en charge de la grippe dans les collectivités fait l'objet de recommandations du Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France.

La vaccination des résidents doit être effectuée avant la circulation du virus. Celle du personnel soignant est fortement recommandée car il représente la porte d'entrée naturelle du virus. Or la couverture vaccinale du personnel n'est que de 38 % et le personnel est parfois réticent (41 % ne se sont jamais vaccinés).

En période de circulation virale et dès les premiers cas de grippe, le diagnostic clinique doit être confirmé par une identification virologique. Un test de diagnostic virologique rapide doit être pratiqué en cas de survenue en 3 jours d'au moins 2 cas de syndrome grippal pendant la période de circulation du virus grippal dans la région, chez des résidents ou le personnel de l'institution.

Une épidémie de grippe survenant en collectivité doit faire l'objet d'une déclaration aux autorités sanitaires départementales (DDASS).

En cas d'épidémie déclarée, dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), des mesures limitant la progression de l'épidémie doivent être prises.

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